Vacances j’oublie tout…

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Comment le dire, comment l’écrire, comment commencer cette lettre ? Qui je suis et à qui je parle. J’ai ouvert les yeux. Oui après l’électrochoc, le réveil a été difficile et douloureux. La sensation de mourir la sensation de mourir et de revoir sa vie en flashback. Je suis dans un tunnel et je vois des images défiler : des visages, des sourires, des endroits, le soleil et plein d’autres choses. Les yeux s’ouvrent et j’essaie de vomir pour sortir tout ce qu’il y a en moi, pour évacuer ces maudites frustrations, ces choses enfouies depuis longtemps. Mais je n’y arrive pas. Un doigt, deux doigts. Non, je suffoque, je m’étouffe. Des goûts acides puis amers chatouillent le fond de la gorge. Je sens une grosse boule monter mais elle ne passera pas, je ravale ma salive et puis je reprends ma respiration…

Un café et une cigarette plus tard : ouverture du clapet, répertoire, lettre A, appel, messagerie, je laisse un message, finalement non. Que faire ? Un petit texto pour savoir comment ça va ou un mail enflammé pour dire que moi ça ne va pas du tout. Essayons de vomir plutôt. Un café et une cigarette plus tard : je suis fort, je suis grand, j’ai confiance en moi, et en plus je suis beau et intelligent. Elle aussi d’ailleurs, donc elle reviendra, c’est sûr ! Un peu de sagesse, ça ne fait pas de mal, il faut savoir maîtriser ses émotions. Un café et une cigarette plus tard : en fait c’est dur de maîtriser ses émotions. Je me sens faible, je suis une merde, un psychopathe. Un café et une cigarette plus tard : lexomil et au lit.

Pourtant j’avais mis le réveil. Tant pis, la journée sera courte, la vie aussi, faut s’y faire. Le réveil, le tunnel, les images, la cuvette, ça me rappelle quelque chose. Pas de mails, ni de texto, pourtant il y a du monde dehors, il y a même des gens qui parlent et qui communiquent entre eux, pourquoi ça ne m’arrive pas ? Il faut changer des choses dans ma vie : première résolution : remplacer le café par de l’alcool. Un verre et une cigarette plus : pas mauvais, je te ressers moi-même, volontiers, merci, tu es trop bon, allez ! A la tienne Etienne ! Tchin. Un verre et une cigarette plus tard : ouverture du clapet, répertoire, lettre A, appel, messagerie, je laisse un message, bah oui, bien sûr ! Pendant que j’y suis, un texto pour dire que j’ai laissé un message, un mail pour dire que j’ai envoyé un texto et laissé un message, puis raconter que tout va mal, et bla bla bla. Un verre et une cigarette plus tard : je me regarde et je me marre. Un verre et une cigarette plus tard : un verre et une cigarette de plus. Un verre et une cigarette de trop : enfin j’arrive à vomir, mais c’est pas cool c’est du vrai vomi plein d’alcool qui racle l’oesophage, fait mal à la gorge, et pique la langue. Quelle haleine de chacal ! Pauvre type. Pas de lexomil (contre indication thérapeutique avec l’alcool), allez hop au lit mon vieux.

Putain j’ai mal dormi. Je me suis tourné puis retourné dans le lit. Ce lit devenu bien trop grand. Ce lit dans lequel il y a toujours une place bien gardée. Un peu flippé, je me lève (et je te bouscule, tu ne te réveilles pas) et peine à marcher. Quel bordel et quel mal de crâne. Une bonne barre au milieu du front, vite un remède ! Un café et une cigarette plus tard : allons voir les mails, elle a dû me répondre. En vain. Quest-ce que cela veut dire : elle me déteste et veut couper toute communication, ou plutôt elle maime comme au premier jour et sait quelle ne pourra pas me résister alors veut me faire croire quelle me résiste. Quelle manipulatrice, et joueuse en plus ! Bien entendu j’opte pour cette deuxième option. Je le savais quelle ne pourrait pas résister. Bon en fait, elle n’a pas répondu parce qu’elle n’a pas lu le mail i’m a loser baby, so why don’t you kill me ? Dix cafés et dix cigarettes plus tard : merde faut aller acheter des clopes et du café sinon, demain matin c’est crise d’angoisse assurée.

Bon cette fois-ci je vais écrire un dernier message pour tout dire. Problème : ne pas avoir lair trop triste, ni de trop harceler, ni trop romantique, ni trop nostalgique, ni trop plein de promesses. Autant dire mission impossible. Maîtrise de soi ! Non ! Allons-y cest parti sur 4 ou 5 pages de « tu comprends, tu sais, j’ai réfléchi, les choses ont changé, mes sentiments, mes émotions, ce n’est pas possible, cest trop brutal, je ne me sens pas très bien, en fait je me sens mal, oui j’ai fait des crises d’angoisses, oui on m’a dit d’aller voir un psychiatre, en fait je me sens super mal (sans toi, faut-il le préciser ?), je crois que je déprime, je suis mort ». Merde, c’est pas comme ça que je voulais finir, ni comme ça que je voulais commencer. Mais pourquoi j’ai cliqué sur « envoyer », je suis con ou quoi ? Un café et une cigarette plus tard : c’est pas grave je vais envoyer un nouveau message pour dire que mon message précédent ne reflétait pas trop ce que je ressentais. Pardon. Un café et une cigarette plus tard : mais pourquoi elle ne répond pas, mais pourquoi elle ne répond pas ? Ça fait au moins douze minutes que j’ai envoyé le message et elle ne ma toujours pas répondu ! Un café et une cigarette plus tard : bon cette fois-ci, ça va chier. Je commence à écrire que c’est pas sympa de ne pas répondre, que j’en ai besoin, je tourne un peu autour du pot puis je m’énerve tout seul : tu le fais exprès, tu me traites comme une merde, tu n’es pas franche, pas honnête, tu profites de moi, tu dois rire en me lisant, coeur de pierre. Et moi ? Coeur dartichaut. Un café et une cigarette plus tard : pourquoi je n’ai pas acheté à manger quand je suis sorti acheter des cigarettes et du café hier ? J’ai faim, je suis mort de fatigue.

J’ai mis du temps à comprendre que tout ça tournait en rond. Je suis  face à un mur, j’envoie la balle et elle revient inlassablement. Je me fatigue, pas le mur. Le match semble joué d’avance mais tant que je n’aurais pas vu mon adversaire, je ne pourrais pas prendre conscience de l’avoir perdu. Je voulais écrire une lettre ? Finalement, ça ne ressemble à rien. A qui l’envoyer, et surtout à quoi ça sert ? à pas grand-chose. Après tout si on prend des photos pendant ses vacances, on écrit parfois un carnet de voyage. Voici le mien, bonnes vacances, en attendant je vais fumer un café et boire une cigarette.

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