Enter The Void

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Je vais commencer ma critique du dernier Gaspar Noé par les premiers mots qui me sont venus à l’esprit en sortant du cinéma : imposture, fumisterie, arnaque, mascarade… mon pire calvaire cinématographique. Après tout, le film débute par le générique de fin, alors je peux me permettre de commencer avec cette conclusion. Je vous préviens de suite, cet article dévoile toute l’intrigue du film. Ceci dit, elle est tellement pitoyable que ce n’est pas trop grave. Puis ce billet vous permettra peut-être d’économiser le prix d’un ticket de cinéma.

Reprenons les choses dans l’ordre. Après le très provoquant et surprenant « Seul contre tous », Gaspar Noé créé le scandale avec « Irréversible ». Les scènes d’une rare violence et un montage habile en font un véritable ovni cinématographique mais aussi un coup de maître. J’avais beaucoup aimé ce film. Pourtant une question me taraudait depuis son visionnage : Gaspar Noé avait-il réellement fait exprès de réussir ce film ? Cette interrogation peut paraître étrange. Elle me l’est moins aujourd’hui, puisque je crois enfin tenir ma réponse.

Pour faire vite, voici l’histoire du calamiteux Enter The Void : Oscar, junkie et aussi dealer, vit dans un petit appartement de Tokyo avec sa soeur, elle-même danseuse dans un club de strip-tease. Il est balancé aux flics par un de ses clients, Victor, qui se venge ainsi car Oscar a baisé sa mère. Notre personnage central se fait descendre par les flics lors de son arrestation. S’en suit un trip interminable dans lequel il va revoir sa vie, les moments clés de son destin. Son âme va ensuite s’élever pour suivre les différents protagonistes du film puis enfin pénétrer sa soeur au point de réincarner Oscar dans l’enfant qu’elle va avoir avec Alex, un pote d’Oscar, qui était devenu SDF entre temps. Oui je sais : vous vous dites que le mec qui a écrit ce scénario doit avoir 15 ans…

Peu importe l’histoire ou le scénario peut-on se dire, pourvu que tout ça soit bien raconté et porteur de sens. De plus les thèmes ne manquent pas : l’abandon, la séparation, le deuil, le sexe, la prostitution, la drogue, l’inceste, le complexe d’oedipe, l’avortement, l’adultère, la réincarnation. Pourtant tout ça s’empile comme si le simple fait d’intégrer tous ces ingrédients ferait une bonne recette. Malheureusement Gaspar Noé est un très mauvais cuisinier et le résultat est complètement indigeste.

Je vais quand même parler des quelques points positifs du film, car il y en a. Un paragraphe devrait suffire. La réalisation : techniquement elle est quasi parfaite, Noé est un virtuose de la caméra c’est évident. Bien que des coupes à peine perceptibles lui permettent de faire passer des plans séquences qui n’en sont pas, ça fonctionne. Les décors sont très bons, tout comme les acteurs. Le procédé narratif est intéressant bien qu’il soit assez confus. Le générique de début est réussi (voir la vidéo ci-dessus) et l’ambiance sonore du film – assurée par Thomas Bangalter – est excellente mis à part pour l’utilisation de référence classique (la suite n°3 « Air » de Jean-Sebastien Bach en version boîte à musique). Noé était déjà tombé dans cet écueil en balançant l’Allegretto de la 7ème Symphonie de Beethoven à la fin d’Irréversible. Gros bémol donc. Trop cliché, trop caricatural, le garçon devrait revoir son éducation musicale ou s’abstenir d’aller piocher dans le répertoire classique sinon il va nous servir l’Adagio d’Albinoni, le Canon de Pachelbel ou la Valse N°2 de Chostakovitch dans son prochain film. Samuel Barber pour Elephant Man ou Platoon et Wagner chez Coppola ça marche. Beethoven et Bach chez Gaspar Noé ça sonne faux.

Après avoir peiné à extraire des motifs de satisfaction à cet indigeste long métrage, je vais maintenant révéler ce que je n’ai pas aimé : rien n’est crédible dans ce film. Je ne parle pas de l’âme ou du trip du défunt, je parle des événements potentiellement réels qui arrivent tout au long des interminables deux heures et demies d’orgie visuelle. La mort d’Oscar, l’adultère avec la mère de Victor, la vie de SDF d’Alex, Alex qui couche avec la soeur Linda sans que l’on comprenne comment cela arrive, on n’y croit pas un seul instant. De plus, la plupart de ces événements ne servent à rien, ne nourrissent ni pensée, ni philosophie. C’est bien dommage de la part d’un réalisateur qui a étudié la philo à l’université. Il règne cette sensation qu’aucune réflexion n’est à l’origine du film. Même les junkies et autres dealers qui le jalonnent sont à peine le reflet de ce qu’est l’univers de la drogue. Tout est creux et sans intérêt.

La réalisation, qui fait parfois illusion comme je l’ai écrit un peu plus tôt, s’avère trop répétitive, trop monocorde, trop cyclique. Le procédé cinématographique est basé sur le triptyque suivant : caméra narrative au travers le regard d’Oscar, caméra omnisciente qui le suit pour refaire l’histoire de sa mort, puis caméra flottante comme pour représenter l’âme errante du défunt. Le tout est agrémenté d’animations psychédéliques, aveuglantes et de flashbacks trop répétitifs (on a compris que les parents étaient morts dans un accident de voiture, pas la peine de le montrer 4 fois). Noé tombe dans ses travers : vouloir tout filmer avec virtuosité. Le résultat ne fait que rendre les plans prévisibles. Au bout d’une heure, le public a tout compris : un objet rond, un siphon d’évier, un trou ? La caméra va les survoler puis commencer à tourner et enfin être comme aspirée par ce vide, ce néant, pour emmener le film ailleurs. Pendant la deuxième moitié d’Enter The Void, les plans devenaient donc sans surprise et l’effort esthétique ne faisait que rendre le tout prétentieux et pédant. La forme qui aurait pu sauver le fond ne le fait pas.

Curetage, vagin filmé de l’intérieur pendant un coït, les spermatozoïdes qui fécondent un ovule, le foetus mort etc… Voilà des plans qui se succèdent au fil du récit et qui surprennent tant ils paraissent futiles et gratuits. Puis cet oedipe mal assumé avec les plans de tétons, d’une femme qui allaite frise le ridicule, la psychologie de Noé est risible. D’ailleurs le public a ri plusieurs fois. J’aurais voulu me sauver (5 personnes ont quitté la salle en cours) mais je ne le fais jamais par principe… puis je crois toujours qu’un miracle est possible. Certainement pas de la part de Gaspar Noé.

Comme dans Irréversible, on se retrouve face à une scène de test de grossesse. Evidemment le test est positif. Cette fois c’est un avortement qui mettra fin à la vie de l’enfant. Tout ça est raconté de manière exaspérante tant l’approche paraît immature. Et lorsque le film suffoque à vouloir nous démontrer la fusion entre le frère et sa soeur avec l’âme d’Oscar qui poursuit le personnage de Linda c’est lourd, poussif et besogneux. Aucune légèreté, aucune tendresse ne transparaît. J’ai tout de suite pensé aux Ailes du Désir de Wim Wenders (extrait ci-dessous). Noé l’a certainement vu et même étudié – rappelons qu’il est diplômé de l’Ecole Louis Lumière – mais apparemment il n’en a pas capté la beauté et la subtilité.

Pour répondre à ma propre interrogation, la réussite d’Irréversible était donc un accident, maintenant j’en suis sûr, Gaspar Noé ne l’avait pas fait exprès… Enter The Void manque complètement de maitrise dans sa narration, n’a aucune profondeur et n’interroge pas le spectateur. Ce film n’est ni choquant, ni subversif, ni provoquant, c’est un trip qui tourne dans le vide, et qui comme le vide parait sans fin. La plupart des plans ne prêtent qu’à rire tant ils sont amenés avec grossièreté. Je ne l’ai même pas trouvé glauque ou dérangeant. Enter The Void est juste insupportable.

5 réflexions sur “Enter The Void

    • merci beaucoup pour cette longue lecture en anglais. le point de vue est intéressant… mais il met de côté tout le travail d’écriture et ne vante que la réflexion technique.
      c’est vrai que le travail de noé sur la forme est très bon mais il y a quand même quelques grossièretés (notamment sur les symboles du type complexe d’oedipe) et noé tombe donc lui aussi dans les clichés formels.
      chacun son approche… je privilégie la manière dont les histoires sont racontées avant la technique… idéalement j’aime quand les deux vont ensemble, ce que enter the void ne fait pas, à mon humble avis.

  1. Nelson

    Juste…

    Il se réincarne pas, il voit pas la vie future de sa soeur et toutes ces conneries, il tripe avant de mourir et imagine.
    Gros bisous.

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