Adieu Falkenberg

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Jolie douceur de printemps que ce film suédois arrivé tardivement sur nos écrans. En effet, ce premier long métrage de Jesper Ganslandt est sorti en 2006 mais ce n’est qu’après nombre de succès critiques dans les festivals qu’il a réussi à s’exporter pour atterrir dans les cinémas parisiens en Mai. Adieu Falkenberg est guidé par un synopsis simpliste : 5 amis d’enfance se retrouvent en été dans leur ville natale : Falkenberg. Ce sera leur dernier moment de vie ensemble.

Difficile de rentrer dans cette univers sans en comprendre le contexte. Falkenberg est une petite station balnéaire assez prisée des touristes estivants. À une centaine de kilomètres au sud de Göteborg, sa plage est bondée l’été. Je peux même le confirmer pour y avoir été plusieurs fois. Petite précision météorologique, la température de l’eau est plutôt bonne bien que l’on soit très au nord de l’Europe car c’est un bras de mer entre le Danemark et la Suède avec une eau stagnante, sans marée, à l’instar de la Mer Méditerranée. Ainsi, l’eau atteint facilement une vingtaine de degrés.

Oublions les touristes, il n’en est nulle question dans ce film. Comme toutes les petites villes, Falkenberg est une ville où l’on ne reste pas. Les universités et l’activité économique sont dans les grandes villes. On s’y retrouve justement l’été, pour rendre visite à la famille et retrouver ses amis d’enfance. C’est donc pendant cette période de Juin à Août que les 5 protagonistes du film se revoient, jeunes adultes.

Pour résumer, David et Holger, les deux inséparables, trouvent refuge dans la forêt et l’océan, échappatoires à l’avenir. Jesper ne cesse de rentrer chez lui sans que personne ne réalise jamais qu’il s’est absenté. Jörgen finance son entreprise « Petit-déjeuner au lit », en pillant des maisons. John, enfin, toujours de mauvaise humeur, continue de penser qu’un peu de bacon suffit à son bonheur. Mais c’est autour de David et Holger que tourne l’essentiel du film, en tout cas les interrogations qu’il suscite. On regrettera l’absence de cohésion de groupe et d’esprit festif…  composante réelle de l’été à la suédoise.

Ce qui surprend dans Adieu Falkenberg, c’est tout d’abord sa lenteur. Elle est belle et noble car calquée sur le rythme de la nature, sur le rythme de ces journées interminables avec ce soleil scandinave qui se lève tôt et se couche tard, sur le rythme des vacances et de cette ville où il y a peu à faire. On se sent hors du temps et c’est justement l’absence de tempo qui renvoie aux questions existentielles des personnages de David et Holger dont la nostalgie semble aveugler leur projection dans l’avenir.

Parfois le mal-être d’Holger frise celui de l’adolescent boutonneux immature qui se sent mal dans sa peau et veut en finir. Cette sensation est peut être due au manque d’explication ou de raison clairement exposée. Néanmoins c’est aussi ce mystère qui fait la force du film. Il se tisse une certaine ambiguïté dans sa relation avec David. Tous deux nagent nus, se posent au milieu de la nature, l’observent et la contemplent, parlent de la vie, de leurs angoisses. Le film plonge alors le spectateur dans une atmosphère contemplative, non sans rappeler l’univers de Gus Van Sant, toute en subtilité, en douceur mais avec une l’appréhension qu’un dénouement dramatique peut arriver à tout moment. Et cette gravité en filigrane touche au sublime alors qu’elle accompagne les errements bucoliques des protagonistes jusqu’à ce que le deuil ne s’invite dans la danse.

Adieu Falkenberg est un petit bijou cinématographique qui vaut le détour pour son portrait réaliste de la Suède, pour sa description fidèle du passage à l’âge adulte et sa réalisation audacieuse. La bande originale est magnifique. Pour l’anecdote, les personnages du film ne sont pas acteurs mais sont réellement la bande d’amis que le film suit. Voilà sans doute pourquoi on se sent si proche d’eux et pourquoi ce film respire une authenticité aussi prodigieuse.

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