Le Bruit des Glaçons

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Il y a des réalisateurs qui ont su traverser les époques et pour lesquels j’éprouve toujours une certaine émotion à chacun de leurs nouveaux long-métrages. Je pense à des monstres comme Woody Allen ou Jean-Luc Godard… je pense aussi à Claude Chabrol ou encore Bertrand Blier. Ce dernier vient justement de nous livrer son dernier film : Le Bruit des Glaçons.

La bande-annonce suffit à poser le synopsis. Un homme se retrouve face à son cancer, lui-même incarné par un être humain (Albert Dupontel). Cet homme est un écrivain alcoolique (Jean Dujardin), depuis longtemps inactif dans sa villa dans le sud de la France et séparé de sa femme, avec pour seule compagnie la bonne de la maison. Malgré l’originalité et le comique de la situation, les premières minutes sont un peu poussives.

La direction des acteurs tend trop vers un académisme de théâtre et Jean Dujardin semble manquer d’épaisseur. Je n’ai pu m’empêcher de penser à ces acteurs disparus tels que Jean Yanne ou Philippe Noiret, aux acteurs trop vieux Michel Piccoli et Jean-Pierre Marielle (dont on voit la photo dans le film), ainsi qu’à François Berléand, Patrice Arditi ou encore Gérard Depardieu ! Bref, j’imaginais quelqu’un d’autre dans ce rôle : un acteur plus mur, plus âgé, avec plus d’envergure et une image plus rabelaisienne que Jean Dujardin. Heureusement cette impression va s’amenuiser au fil du film.

Politiquement incorrect, Le Bruit des Glaçons s’amuse du cancer, rit de la mort et célèbre ainsi brillamment la vie. On peut encore rire de tout et même du pire et on peut lever les tabous. C’est là que réside la grande force de ce film. La réalisation sur un plan technique est assez sobre mais s’avère inventive dans le traitement des flashbacks.

Les dialogues tirés au couteau font mouche, attisent le cynisme de l’oeuvre, et certaines répliques pourraient même devenir cultes. J’ai aussi beaucoup aimé la bande originale du film, essentiellement classique mais ponctuée au milieu du film par un sublime A Thousand Kisses Deep de Leonard Cohen et la très émouvante version de Ne me Quitte Pas par Nina Simone pour la scène finale.

Albert Dupontel en cancer est à la fois fou, dérangeant et sympathique. Ce rôle lui sied à merveille. Même constat pour Myriam Boyer. Anne Alvaro est, comme toujours, toute en subtilité et en douceur alors que son personnage est certainement plus difficile à jouer qu’il n’y paraît. Au final, Jean Dujardin s’en sort plutôt bien malgré une première demi-heure hésitante.

La salle était pleine et les spectateurs ont beaucoup ri mais je pense que ce film ne fera pas l’unanimité, d’ailleurs les avis ont l’air très partagés. Il est vrai que Bertrand Blier est maintenant d’un autre temps et le film aurait pu être plus onirique, plus déjanté, plus original finalement… mais le message aurait-il été aussi précis, aussi juste ? Rien n’est moins sûr.

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Une réflexion sur “Le Bruit des Glaçons

  1. La bande annonce m’a trompée… Je pensais rire de cette maladie qui touche mes proches… Naïvement. Mais j’ai eu une boule dans le ventre tout le long. Une sorte de malaise régnait dans la salle. Peu de sourire. Je ne le conseillerais pas.

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