Dans ses Yeux

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« El secreto de sus ojos » (le secret de leurs yeux) voilà le titre original de Dans ses yeux. On ne peut que déplorer cette traduction maladroite, sans même parler de l’affiche… Rien ne communique donc l’ambiance ni même l’histoire de ce film qui heureusement remportera un bon succès dans nos cinémas, notamment grâce au bouche à oreille. J’avais beaucoup aimé ce film mais je n’avais pas écrit d’article dessus. La sortie en DVD de ce long-métrage argentin prévue pour le 22 Septembre est l’occasion de me rattraper.

L’histoire de « Dans ses yeux » est assez simple : Benjamin Esposito est un inspecteur à la retraite qui travaillait pour un procureur de Buenos Aires. Il décide d’écrire un roman sur une affaire qui a marqué son existence : le viol et le meurtre d’une jeune femme en 1974. Dans une Argentine tiraillée par la dictature en place, cette affaire avait finalement été classée.

Pour avancer dans son travail d’écriture, Benjamin Esposito retrouve sa collègue et supérieure hiérarchique d’autrefois, Irene Menéndez Hastings avec qui il entretenait une relation ambiguë. Les deux protagonistes vont se replonger dans le passé, les heures sombres d’un pays en proie à l’omerta, aux manipulations et à l’injustice. 25 ans après cet affaire, c’est une nouvelle enquête, mais surtout une nouvelle histoire qui va ressurgir, de vieux démons à exorciser qui vont refaire surface.

Avec plus de 2 millions d’entrées en Argentine, « Dans ses yeux » est l’un des plus gros succès populaire du cinéma argentin. En France, ce sont près de 400.000 spectateurs qui ont vu le film. Certes, on est loin des gros succès de l’année, mais le fait qu’il soit resté 9 semaines à l’affiche est déjà un petit exploit en soit, compte tenu du peu de communication faite autour du film. La réalisation est l’oeuvre de Juan José Campanella. Le duo d’acteurs Ricardo Darin (Benjamin) et Soledad Villamil (Irene) est parfait. Jeunes, ils sont naïfs puis désabusés, vieux, ils apparaissent matures et apaisés, tout cela avec beaucoup de subtilité. La galerie de personnages ne s’arrêtent pas là : l’assistant alcoolique de Benjamin et le marie transi de la femme tuée apportent des caractères plus extrêmes à la droiture des deux principaux protagonistes.

Visuellement, le film est agréable à voir. La photographie avec une légère teinte jaunie pour les années 70 apporte une forme de nostalgie, des tons presque sépias. La course poursuite dans un stade de football est fantastiquement maîtrisée. C’est toutefois le seul exercice virtuose de caméra, les autres scènes étant caractérisées par une sobriété qui frôle la pudeur s’agissant d’une revisite de l’histoire récente et douloureuse d’un pays. L’ambiance est toute en retenue, pleine de non-dits. Et c’est par la suggestion que transparaît le mieux la frustration des enquêteurs désabusés et consternés face à un système où règnent manipulations et corruption. Le tempo frise la perfection. C’est peut être le secret de la réussite de film. Les temps forts et les temps faibles sont magnifiquement exploités, entre l’angoisse lors de la traque du tueur et la profondeur des relations humaines. Le spectateur a le temps de s’imprégner de l’ambiance, de se plonger dans le récit, de s’attacher aux personnages et surtout… de réfléchir.

Récompensé par un Oscar (meilleur film étranger en 2010), « Dans ses yeux » a tout du polar traditionnel américain. Tout ou presque… évidemment la réalisation se veut humble et les moyens à disposition du réalisateur n’étaient pas ceux d’un blockbuster. Tout ou presque… et pourquoi ne pas dire plus ? Le traitement du film, avec cette touche latine pleine d’une passion non exaltée mais qui anime les tripes des personnages (pour ne pas dire les cojones), apporte une subtilité, une qualité des seconds rôles qu’une production hollywoodienne aurait laissées de côté. Bien que le dénouement soit un tout petit peu décevant car trop précipité, la puissance de ce long-métrage laisse une impression très forte sur le spectateur au point d’avoir envie de rester avec ces personnages attachants. Brillant.

Les affiches du film :

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