Les Socialistes n’ont pas de programme…

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L’idée est répandue et même ancrée dans les consciences. C’est devenu un refrain que journalistes et leaders d’opinions ne cessent de répéter dans les médias. Je suis certain qu’en allant m’accouder au zinc de n’importe quel troquet, je trouverai un pilier de bar pour m’en faire l’écho, qu’il ait lu les programmes politiques de toutes les élections des 15 dernières années ou pas.

« Le Parti Socialiste n’a pas de programme ». Cette affirmation mériterait pourtant d’être vérifiée, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle.

Oui, elle le mérite. Flashback : j’ai beau remonter dans mes plus lointains souvenirs (je vote depuis 1995), je me souviens avoir reçu les programmes politiques des socialistes, et plus largement des partis de gauche, que ce soit pour les référendums, les scrutins municipaux, départementaux, régionaux ou nationaux. Je n’ai pas fait le compte mais j’ai participé à plus d’une dizaines d’élections et à chaque fois, j’ai bien reçu le programme du PS, tout comme celui de feu le RPR ou de l’UMP. Mais alors d’où vient cette fausse impression ?

En interne tout d’abord. La gauche d’une manière générale, et le Parti Socialiste encore plus, est habituée à s’auto-critiquer, sans doute par souci de faire vivre les débats (qui s’apparentent souvent à des divisions) et de laisser la liberté d’expression des différents courants internes. Dans les médias, c’est la même chose. Un journal comme Libération s’est toujours montré plus critique pour un pouvoir socialiste en place que ne le fait le Figaro avec la droite. Les dissonances dans un même camp créent donc un effet de cacophonie, certaines idées pouvant en contredire d’autres, et ne donnent pas l’impression de défendre une position claire. C’est aux socialistes de résoudre cet écueil tout en conservant la sacro-sainte démarche participative.

En 2007, la candidature incarnée par une femme souffrait médiatiquement de la présumée incompétence de Ségolène Royal. Si la candidate avait de réelles faiblesses, il est évident qu’un homme n’aurait pas essuyé le même traitement. Et oui même au 21ème siècle, les français restent encore majoritairement sexistes. Mais c’est un autre problème, un autre débat… De cette réputée incompétence résultait l’idée que le programme politique lui-même était faible. Souvenons-nous pourtant que les évaluations des programmes politiques par des économistes en 2007 avaient été globalement positives (évidemment pas pour les ultras libéraux) : le programme était réaliste et plutôt bien financé.

Les programmes politiques sont basés sur des propositions. Pour marquer l’opinion et faire réagir les observateurs, ces propositions se doivent d’être spectaculaires, pour ne pas dire parfois démagogiques (tous partis confondus). Proposer des politiques à long terme ne paie pas on le sait. C’est pourtant indispensable, on s’en rend compte aujourd’hui. Mais ce qui caractérise le plus la force d’un programme dans la conscience collective c’est la volonté de réforme. C’est ici que le problème de sémantique commence… La réforme, si on lit la définition dans un dictionnaire, est un changement dont le but est d’apporter des améliorations. Or aujourd’hui, dans un monde dominé par le capitalisme et alors que l’économie a pris le dessus sur la politique (dans sa dimension philosophique), faire une réforme signifie faire des économies et devenir plus compétitif.

Il suffit ensuite de jouer sur le pessimisme ambiant pour faire croire au gens des contre-vérités et les persuader que les réformes sont nécessaires, voire même indispensables. J’en profite pour rappeler que les français ne font pas plus grève que leurs voisins européens même si on a l’impression du contraire, que la fiscalité est à peu près la même dans tous les pays d’Europe, à l’exception de la Grande Bretagne, que les français sont parmi les travailleurs les plus productifs des pays occidentaux et que d’ailleurs la durée moyenne du temps de travail est équivalente aux autres pays occidentaux, n’en déplaise aux pourfendeurs des 35 heures. Idem pour les jours fériés, nos voisins en ont un peu plus ou un peu moins que nous. Alors s’il y a un réel problème économique dans notre pays, est-ce un problème systémique ou un simple problème de gestion ? Certainement un peu des deux. Le contexte de la mondialisation nous leurre dans le constat.

Ainsi, proposer une réforme politique en France au 21ème siècle c’est revenir sur un acquis social. Aller à l’encontre du progrès social et dans l’intérêt de la collectivité pour instaurer une politique de l’individu. Chaque réforme vise à l’efficience économique. On n’évalue pas le bien être des gens mais on parle du moral des ménages tout en liant cela à la consommation, comme si consommer voulait dire bien se sentir. Au fil des années, la réforme est devenue le synonyme de régression, de remise en cause des acquis sociaux. Pourtant, la situation de l’emploi, des retraites, de l’assurance maladie, de l’éducation et des comptes publics est tout aussi préoccupante qu’elle ne l’était en 1993. Et on a en a eu des réformes depuis…

Finalement, le pouvoir politique a perdu la main sur le volet économique. Doit-il pour autant se résigner ? Des avancées sont possibles et ont été engagées sur d’autres thèmes qui font partie intégrante du bon fonctionnement d’une société : politique de santé publique, droits des homosexuels, réduction des inégalités entre hommes et femmes, l’accès au logement, aux transports, politiques culturelles, redistribution des richesses, mesures écologiques, etc… Ce sont autant de sujets auxquels il faut être attentifs quand on lit un programme politique car ils sont importants et mêmes essentiels au dynamisme du pays. Parfois même ils présentent des opportunités économiques. Un programme ne se résume pas à une liste de réforme, il doit aussi traduire la vision d’une société. Quand celle-ci est solidaire, c’est encore mieux.

Le pire dans tout ça, c’est que cette supposée, et même fausse, absence de programme va jusqu’à se traduire dans l’opinion par une absence globale d’idée du Parti Socialiste, en dépit de toutes les expériences réussies menées dans les villes et régions administrées par ce parti. Que ceux qui prétendent que le PS n’a jamais de programme me prouvent le contraire. Ils ont la liberté de ne pas être en accord, de trouver qu’un programme est mauvais mais ce serait au moins faire preuve d’honnêteté intellectuelle que d’en accepter l’existence sans quoi il n’y aurait pas de discussion possible.

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