Les Petits Mouchoirs

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Mardi 21 septembre, je reçois ce message : « demain soir, le film de canet ça te dit ? tiens moi au courant. » Ça tombe bien j’avais vu la bande-annonce il y a quelques jours et j’avoue que j’étais assez curieux de voir le résultat. Rendez-vous à 19 heures au Forum des Halles. Nous y sommes : les heureux invités à l’avant-première organisée par Allo Ciné se précipitent pour trouver la meilleure place dans la grande salle du Forum des Images.

Des paquets de mouchoirs sont posés sur chaque fauteuil. On risque de pleurer… 45 minutes plus tard le film n’a toujours pas commencé et le public s’impatiente. Mon voisin m’indique que le film dure 2h30, on n’est pas sorti. Il est bientôt 20 heures et la salle est pleine, un monsieur s’approche de l’estrade avec son micro pour présenter le film. Il nous le promet, on va prendre une claque. Guillaume Canet himself, accompagné de Gilles Lellouche, est annoncé en fin de séance pour venir répondre aux questions des spectateurs. C’est parti.

Clap de fin, générique, les lumières s’allument doucement : de l’avis unanime de la brochette de spectateurs, tout juste vingtenaires, assis derrière moi, le film mérite un 2,5 sur 4. Ce fut leur premier réflexe à la fin du générique : 2,5 sur 4. Pas un commentaire, une sensation, une impression, juste un 2,5 sur 4. « Ouais je suis d’accord, un 2,5 sur 4 » répond l’un, « pas mieux » renchérit un autre… Si jeunes et déjà formatés aux évaluations normées, aux indicateurs. Putain, c’est du cinéma merde, pas des PDM en GSM pour je ne sais quelle CSP ! Je ne me voile pas non plus la face puisque je sais qu’en fonction du budget, un film doit atteindre un certain nombre d’entrées en salle et générer des bénéfices. Cet aspect de l’industrie cinématographique est une contrainte imposée par les producteurs, en aucun cas l’inspiration initiale du scénariste ou du réalisateur (et encore moins quand c’est une seule et même personne). Jugeons « Les Petits Mouchoirs » pour ce qu’il est ou ce qu’il promet : un film choral, sur la vie, l’amitié, sur une bande de potes et les relations humaines.

La bande-annonce résume bien l’ambiance du film. Vous pourrez par ailleurs lire le synopsis extrait du dossier de presse à peu près sur tous les sites qui causent ciné. Commençons par le début : chiottes du Baron, Ludovic (Jean Dujardin) vient de s’en mettre plein le nez, il retourne sur la piste de danse puis quitte la boîte au petit matin. Toute cette scène est un long plan-séquence, seule réelle démonstration technique du film. Pourtant, malgré la prouesse, ce plan ne sublime aucune virtuosité. La première scène du film est un rendez-vous manqué, sa réalisation ne collant pas du tout avec le reste. Pourtant elle est totalement justifiée d’un point de vue technique, notamment par rapport aux scènes qui suivent et Guillaume Canet nous l’explique très bien dans le petit débat qui suit la projection. Malheureusement, l’impression qu’il a voulu donner, n’est pas celle que j’ai ressentie.

Passons sur les premières minutes qui présentent les différents personnages et installent une partie de l’intrigue. La bande de potes se retrouve en vacances près du Cap-Ferret, c’est là que le film semble enfin démarrer. Ces copains sont sympas et on aimerait être en vacances avec eux. Chacun sa personnalité : c’est le psychorigide Max (François Cluzet) qui régale mais agace aussi tout le monde avec ses angoisses… je ne vais pas détailler tous les personnages mais ils sont tous attachants et drôles. Le casting est vraiment très bon et la direction d’acteurs parfaite. Les situations comiques et les gags s’enchainent mais le rythme est alourdi par des musiques trop présentes. C’est un point de vue personnel mais voir deux personnes dialoguer sans les entendre sur une chanson pendant 2-3 minutes, ça me gonfle. Globalement le tempo n’est pas en adéquation avec le propos. Des scènes qui pourraient durer 1 minute s’étalent sur 2 minutes. Certes, ça ne crée pas une impression de lenteur pour autant mais ça traine en longueur, ça semble poussif et au final on ne comprend pas si cela a du sens ou pas.

Le dénouement arrive brutalement et le film tombe presque dans le pathos. Plus par maladresse que par volonté. C’est à ce moment, que nous, spectateurs, aurions dû sortir nos mouchoirs, je n’ai vu personne le faire. L’émotion est effectivement présente mais elle ne nous transporte pas. Malgré tout, la scène finale suffit à plomber l’ambiance. Le public un peu assommé n’applaudit pas. Le bilan est mitigé. Guillaume Canet a voulu mettre de lui-même, de son histoire personnelle dans ce film, mais on ne voit pas ses tripes. Sans doute a-t-il trop eu peur de se mettre à nu. Dommage, même s’il ressort toutefois du film une grande sincérité. On sentait dans le débat après le film qu’il était prêt à le défendre, à en parler de longues heures, mais on percevait aussi une certaine pudeur. C’est peut-être celle-ci qui l’a retenu, empêché d’aller au bout de sa démarche. « Les Petits Mouchoirs » promettait d’être son film le plus abouti mais à vouloir trop bien faire, trop peaufiner son écriture, Guillaume Canet s’est égaré, éparpillé, dispersé et semble avoir perdu toute maîtrise. C’est regrettable car il y a vraiment du très bon à en retirer et tous les ingrédients étaient là pour en faire un film générationnel voire culte.

L’attente était certainement trop forte, le costume un peu trop grand pour un Guillaume Canet qui ne manque pourtant pas de talent, c’est indéniable. Trop ambitieux, l’acteur-réalisateur a peut-être eu les yeux plus gros que sa caméra ou se sentait trop proche de cette histoire pour que sa forme trouve son adéquation avec le fond. Finalement, on retiendra essentiellement le jeu des acteurs, quelques répliques bien senties, un bon moment en soi, mais pas le message principal de ce long-métrage : il faut profiter de la vie et de nos amis, arrêter de se mentir à soi-même. Et tout ça ne se mesure pas sur une échelle de 4 unités. On le ressent ou on ne le ressent pas, ce qui malheureusement fut mon cas.

Les Petits Mouchoirs, un film écrit et réalisé par Guillaume Canet, sortie le 20 octobre 2010. Casting : François Cluzet, Benoît Magimel, Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Jean Dujardin, Laurent Lafitte, Valerie Bonneton, Pascale Arbillot, Louise Monot et Joël Dupuch.

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2 réflexions sur “Les Petits Mouchoirs

  1. si tu aimes ce genre de film et que tu as la carte illimitée vas-y, ça reste un film sympa. par contre si tu dois sortir 10 euros pour payer ta place, essaie un autre film.

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