Les amours imaginaires

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J’étais tombé presque par hasard sur « J’ai tué ma mère » et j’étais resté scotché devant le talent énorme et prometteur du tout jeune Xavier Dolan. C’est donc avec une grande impatience que j’attendais « Les amours imaginaires », deuxième film du réalisateur canadien.

Bande-annonce : les couleurs sont vives, on croirait du Almodovar, la touche latine en moins quand même, l’esthétique de la photographie est captivante comme un catalogue de luxe sur papier glacé. On peut craindre la mièvrerie et l’exercice de style après un premier film très personnel. La deuxième oeuvre est souvent casse-gueule, et pas seulement au cinéma.

Mercredi 29 Septembre, nous y sommes. Sortie de la séance précédente : une vieille femme quitte la salle en soupirant, le regard exaspéré, bang bang. Le scénario tient sur quelques lignes… deux personnes aiment secrètement la même personne, s’en suit une rivalité inévitable. Ça sent le huis-clos nombriliste et les premières minutes du film vont presque confirmer cette crainte. Sauf que Xavier Dolan est un surdoué et que son regard vif sur les petites choses de la vie sublime chacun de ses plans.

L’esthétique qui pourrait écraser les personnages ne fait que les embellir, les mettre en exergue. Petit à petit, le film passe du jeu à la cruauté… mais toujours en subtilité. Ponctué par des témoignages anonymes, « Les amours imaginaires » ne perd pas en rythme malgré une fin un peu trop étirée. Le discours est mature, la vision de l’amour réaliste et le film dévoile une palette de couleurs au travers chaque scène de sexe à la lumière monochrome : rouge, vert, jaune, bleu.. des couleurs qui défilent cycliquement comme les saisons, les couleurs de la vie tout simplement.

La garde robe impeccable des personnages a elle aussi été élaborée par le réalisateur. Les tenues de Marie (incarnée par Monia Chokri) sont un régal de bon goût vintage. Xavier Dolan, qui joue le rôle de Francis se filme peut-être un peu trop mais ça ne nuit pas au film. Niels Schneider (étonnant sosie blond de Louis Garrel), qui figurait déjà au casting de « J’ai tué ma mère » est magnifique dans un rôle ambigu, malin, presque androgyne et joueur. La musique du film est un régal. Minutieusement choisie, elle bascule de la musique classique (Bach) à l’électro (Fever Ray) en passant par quelques chansons françaises des sixties (France Gall) et souligne les apparences immanquablement « hispter », l’insolence en moins, de ce long-métrage.

Finalement, « Les amours imaginaires » est bel et bien un exercice de style, mais il est réussi car le réalisateur a quelque chose à dire et sait de quoi il parle. Il est question d’amour platonique mais sans la guimauve romantique qui va avec. Pas évident après un premier film brillant de franchir un nouveau palier. Tout est juste et le récit est parfaitement maîtrisé. Xavier Dolan ne fait pas que confirmer son talent, il démontre également qu’il est un réalisateur intelligent.

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5 réflexions sur “Les amours imaginaires

    • oui (bon je n’ai pas vu the dreamers mais je te fais confiance)
      je ne crois pas que dolan cherchait à faire un film original et c’est vrai que le sujet est assez banal.

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