La Gaîté Lyrique

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C’est le printemps, le début des beaux jours et je suis convié à une visite guidée du nouveau lieu culturel parisien : la Gaîté Lyrique. Ça tombe bien, je n’avais pas eu la chance de participer à l’ouverture début Mars… mais pas de regrets, je préfère voir tout ça au calme et avec un peu de recul, loin des m’as-tu-vu qui courent tous les vernissages de Paris.

Du coup je n’ai pas trop suivi ce qui s’est passé, je n’ai pas été lire les différents articles consacrés au sujet ni même été recueillir les avis de ceux qui ont vécu cette semaine d’ouverture. Je suis donc arrivé complètement vierge d’esprit, sans a priori, avec la seule curiosité de découvrir un endroit dont je ne savais presque rien et n’avais vu aucune photo.

Si vous ne connaissez pas encore les lieux, je vous propose une petite visite rapide. Si vous les connaissez déjà, je vais vous donner pas mal d’infos qui vous ont peut être échappées. Commençons les choses dans l’ordre et entrons dans le théâtre (soit par l’escalier, soit par l’accès handicapés) : Le vestibule est l’une des rares pièces encore d’origine. L’endroit est complètement ouvert et l’on aperçoit de suite le reste du bâtiment. Au premier abord, c’est un peu froid, clinique, d’un blanc un peu terne parfois grisonnant.

Le Chargé de Communication Web nous explique comment la Gaîté Lyrique est construite et surtout comment elle a été rénovée par l’architecte Manuelle Gautrand. J’apprends alors que la salle de théâtre ou concert, d’origine n’existe plus. Première déception. Je voulais voir un amphithéâtre, sa scène, ses balcons repensés pour accueillir des espaces de création et d’exposition. Je voulais vivre le contraste des moulures, dorures, de l’architecture italienne avec l’univers épuré et minimaliste de la culture numérique. Mais non. Du bâtiment d’origine déplacé par le Baron Haussmann des grands boulevards à la rue Papin, il ne reste que la façade, le vestibule et le foyer.

Mais tout ça n’est pas la faute de Manuelle Gautrand, ni même de l’actuelle majorité de la Mairie de Paris. Petit historique : théâtre populaire dédié à l’opéra lyrique, le bâtiment dirigé par Offenbach à la fin du 19ème siècle va devenir un haut lieu de l’opérette parisienne jusqu’à la fin des années 70. Appartenant à la ville de Paris, la Gaîté va fermer dans les années 80 après avoir même accueilli l’école du cirque en son sein !

C’est un projet encore plus fou qui va faire renaître ce lieu… un projet de Jean Chalopin, le plus gros producteur de dessins animés des années 80. Ce projet s’appelle « Planète Magique » et il s’agit d’un parc d’attractions. Le théâtre sera alors détruit et bétonné pour recréer l’univers des dessins animés… la « Planète Magique » fermera ses portes au bout de quelques mois, faute de rentabilité. Il ne reste aucun vestige de cette époque et c’est presque dommage, ne serait-ce que par pure curiosité.

Revenons-en à la Gaîté Lyrique d’aujourd’hui, le premier lieu de la Culture Numérique en Europe. Les espaces sont ultra modulables et pensés en ce sens, la plupart des plafonds servent de support technique et des gaines de transmissions de données numériques parcourent tout le bâtiment pour offrir le maximum de possibilités aux artistes. Les 300 haut-parleurs du lieu peuvent diffuser simultanément une production sonore différente en fonction des choix artistiques également. Enfin, des « éclaireuses » mobiles (des îlots) sont disposées un peu partout et permettent également un maximum de modularité. Les différents étages sont organisés comme des plateaux car tous les escaliers et les accès se trouvent sur un seul côté du bâtiment pour optimiser les espaces.

La Gaîté Lyrique n’est pas une galerie d’art ni un musée mais un espace culturel. Le centre de ressources se veut sélectif et présente des ouvrages en corrélation avec les thématiques de la programmation. C’est assez pointu, limite intello, d’ailleurs on assume ici le qualificatif de bobo ou hipster. Dans le même esprit et proche du centre de ressources se trouve un espace dédié aux jeux vidéos. Tous les impressionnants écrans plats sont de la marque Philips, partenaire de la Gaîté Lyrique. Pour les concerts, la grande salle est en fait un caisson isolé (notamment pour atténuer les nuisances sonores) d’une capacité de 300 à 700 personnes dont l’originalité réside dans ses 4 murs qui permettent la projection de vidéos à 360 degrés.

Et alors il s’y passe quoi ? Plein de choses, expositions et concerts mais aussi des conférences très intéressantes. Ce mardi débute la semaine « Berlin Next », jetez un coup d’oeil à l’excellent programmation sur le site officiel. Une thématique spéciale « Istanbul » aura lieu en septembre et donnera lieu à une transformation des espaces en un grand souk. Beaucoup d’espace sont en accès gratuit. Le bar installé dans le foyer historique donne envie de s’y poser. Une boutique « Amusement » attenante à la Gaîté Lyrique propose beaucoup de raretés.

Je n’ai pas vécu l’ouverture du Centre Pompidou, aujourd’hui le plus grand centre d’art contemporain d’Europe. La Gaîté Lyrique est le premier espace culturel européen dans son genre. Bien qu’en terme de taille et d’architecture on ne soit pas sur la même échelle, il y a potentiellement de quoi créer un lieu unique et de référence. Si la nuit se meurt à Paris, la place qu’elle dédie à l’art et la culture reste toujours aussi vaste… et surtout, avec un tel lieu, dans l’ère du temps.

Crédits photos : Philippe Ruault, Maxime Dufour, Vincent Fillon
Vidéo : Para One & Tacteel par Julien Demond

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