Mon interview de Lykke Li

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Lundi 21 Juin, 14h41, je reçois ce SMS : « ça te branche une interview de Lykke Li jeudi 16h ? ». Quelques échanges plus tard, le rendez-vous est confirmé, la rencontre aura lieu à La Cigale quelques heures avant son concert. Si je suis très content de pouvoir interviewer Lykke Li, je suis très embarrassé pour préparer l’interview. Mon ordinateur est en panne et je n’ai aucun CD de la suédoise… Impossible donc de me replonger dans ses deux albums et d’étudier un peu plus sa musique. J’arrive à récupérer quelques vieilles interviews et sa biographie. C’est déjà ça.

Le Mardi, le rendez-vous est retardé à 16h30. Le Mercredi, il est de nouveau programmé pour 16 heures, toujours à La Cigale. Jeudi, le jour-même, je reçois un coup de fil d’un attaché de presse pour m’avertir que l’interview aura lieu à 15h50 à l’Hôtel Amour. Quelques stations de métro plus tard, je descends la rue des Martyrs en direction du neuvième arrondissement.

Je retrouve Lykke Li dans le minuscule lobby de l’hôtel. Un p’tit bout de femme au visage d’adolescente qui doit à peine mesurer 1 mètre 60. Prête à faire son check-in, elle laisse ses valises à la réception pour m’accorder l’interview alors qu’elle préférerait certainement découvrir sa chambre et s’y reposer un peu. L’attachée de presse nous propose de nous installer dans la véranda mais Lykke Li murmure qu’elle a envie qu’on soit tranquilles et qu’on ne puisse pas nous entendre. Elle opte finalement pour la terrasse déserte à cause du ciel menaçant. Nous prenons la table la plus isolée. Je ne me sens pas vraiment prêt mais il faut bien se lancer.

Lykke Li, tout d’abord comment vas-tu ?

Je vais bien merci !

J’essaie de détendre l’atmosphère (plutôt pour moi car je suis un peu stressé quand même).

Pour commencer, as-tu un ou des sujets dont tu souhaiterais parler ?

Non, je ne vois pas… pas particulièrement.

J’imaginais sans doute qu’elle me parlerait d’une cause perdue, du Tibet ou de je ne sais quoi… Note pour plus tard : ne jamais commencer avec des questions fermées (je le savais pourtant !)

Alors as-tu des sujets dont tu n’aimerais pas parler ?

Oui ! Si on pouvait éviter de parler de Twilight (une de ses chanson figure sur la B.O d’un épisode, ça tombe bien ce n’était pas au progamme) et de la Suède.

Je me montre surpris pour ce dernier sujet d’autant plus que pour connaître un peu le pays, j’avais quelques questions sous le coude. Elle est quand même née à Ystad en Scanie, Ystad la ville du Commissaire Wallander !

Je préfère éviter, à chaque interview on me pose les mêmes questions (intérieurement : même Wallander ?)… sur mon rapport à mon pays, la musique en Suède etc…

Je place désespérément une phrase en suédois, histoire de détendre l’atmosphère, sachant que ça ne sert à rien d’insister : « jag kan talar lite bara svenska » (ou un truc dans le genre) qui veut dire « je peux parler un peu suédois ». J’ai l’impression qu’elle n’en a rien foutre… je ne dois pas être le premier le couillon qui s’essaie à baragouiner quelques mots en suédois. Et si on commençait vraiment cette interview ?

En arrivant, je t’ai vue dans le lobby avec tes valises, tu viens d’où ?

J’étais aux Etats-Unis, à Los Angeles pour ma tournée. Je suis rentrée chez moi à Stockholm hier. J’ai eu le temps de faire mes valises pour repartir aujourd’hui pour Paris.

Franchement c’est pas une vie ! Je me sens presque gêné de lui bouffer une demi-heure de son temps…

Cette date à Paris avait été annulée et est donc venue se caler dans ton planning, est-ce que la tournée est bientôt terminée ?

Oula non ! J’étais aux Etats-Unis et là je pars pour Glastonbury, en passant par Abbey Road demain.

C’est la face cachée de la vie d’artiste… les avions, les hôtels. Tu vas jouer d’autres festivals ?

Oui (elle commence à les énumérer mais je dois en connaître un seul dans la liste…), une vingtaine de festivals en tout. Et après la tournée continuera encore…

Une serveuse débarque pour prendre notre commande, l’attachée de presse n’est pas loin derrière, je pense que c’est la maison de disque qui régale. Enfin j’espère… Lykke li commande un thé et je m’autorise un demi ! On parle de ses différentes visites à Paris et des salles dans lesquelles elle a déjà joué. Je lui donne mon sentiment sur La Cigale même si je me doute que cela lui importe peu.

La salle où tu vas jouer ce soir est vraiment très sympa, l’une de mes préférée d’ailleurs…

Edith Piaf y a joué c’est ça ?

Euh… peut-être (Pourquoi les étrangers ramènent tout à Edith Piaf ?). Allez on passe aux choses sérieuses !

Il n’est jamais facile de réussir un deuxième album… notamment à cause des tournées, du changement de vie et d’entourage, comment cela s’est-il passé pour toi avec Wounded Ryhmes ?

(Sourire) (presque éclatant) (soit elle se détend, soit je la fais rire, soit elle a oublié de me dire que ça figurait aussi dans la liste des questions à ne pas poser).

Oui c’est vrai tout ça, mais ça n’a pas du tout été le cas pour moi ! Finalement Wounded Ryhmes m’a paru beaucoup plus facile à réaliser que le premier album. Youth Novels était un « juvenile attempt ». J’ai eu la grande chance de vivre quelque chose de très important dans ma vie. Cela m’a inspiré, grandement inspiré ! C’est pourquoi Wounded Ryhmes me paraît bien plus profond, plus intime et beaucoup plus personnel. Cette chose qui s’est passée dans ma vie a vraiment été une grande chance pour moi ?

Et donc tu ne veux pas me dire si c’est de ton mec dont tu parles ! Alors comment te le demander…

Tu parles d’un « quelque chose », de quoi il s’agit-il exactement ?

Tout est dans l’album (sourire). Tout est dans mes chansons !

Ok, la prochaine fois je lirai tes paroles. Le message est passé.

A la sortie de Wounded Ryhmes, tu avais déclaré que tu étais très satisfaite de l’album, qu’en est-il aujourd’hui ?

Les choses ont changé mais c’est vrai que j’étais fière de Wounded Ryhmes. En fait chaque sortie d’album est quelque chose de fantastique. Tu passes du temps à composer, enregistrer, tu y mets tes tripes, tu t’ouvres complètement sur le plan émotionnel. Cette implication est très forte pour soi et te rend fière de ton travail. Puis avec le temps, on finit par moins s’en satisfaire. D’ailleurs je ne sais même pas si je referai un autre album. Après tout, je pourrais en rester là.

Non, ne fais pas ça !

Ah oui ?

Oui, il faut vivre avec tes envies, il faut « follow yourself » (trad. se suivre soi-même ?). C’est très bizarre, quand tu es artiste, beaucoup de gens te disent ce que tu devrais faire comme si tu leur appartenais. Même Bob Dylan a été critiqué lorsqu’il a sorti un album joué à l’électrique au lieu de l’acoustique ! C’est dingue ! C’est l’artiste qui doit décider de son univers, faire ce qu’il veut et aller où il a envie d’aller… puis les gens suivront s’ils le souhaitent.

Je ne peux qu’être d’accord avec Lykke Li. Je constate que le sujet a l’air de lui tenir à cœur. Et si je lui parlais de Twilight pour déconner ? Non, c’est nul…

Imaginons que tu arrêtes la musique, qu’imagines-tu faire d’autre ?

J’écris beaucoup donc je me dirigerais naturellement vers l’écriture… mais je ne sais pas quoi très précisément. A vrai dire, je n’y ai pas vraiment songé. J’aime bien le cinéma aussi, l’idée de travailler sur des univers imaginaires.

Ensuite on parle un peu de ses différentes collaborations. Elle m’explique que ce n’est pas très épanouissant d’un point de vue créatif. Je galère à lui poser une question sur Björn Yttling de Peter, Björn and John (son producteur). En fait j’avais oublié son nom de famille, j’ai maladroitement fouillé dans mes notes. Je vous épargne cette partie pas très intéressante.

Tu as été connue sur internet avant même la sortie de Youth Novels, notamment sur MySpace, que penses-tu de l’impact d’internet sur la musique ?

Mon sentiment est double, j’ai un rapport d’amour et de haine avec internet. C’est un bon moyen de communiquer où l’on peut être en contact direct avec le public. En revanche, rien ne dure, tout est très éphémère… oui il y a un mot pour ça, que tu dois connaître, c’est « fleeting »

Bah non je ne connais pas fleeting mais je le note en faisant semblant de le comprendre. Comme je fais bien mon boulot, j’ai donc vérifié le sens de fleeting, ça veut dire « fugace ».

J’ai vu ton twitter @likkeliofficial, on voit bien que ce n’est pas toi qui tweete… tu as un compte perso ? Tu utilises les réseaux sociaux ?

Effectivement, quelqu’un s’occupe de mon compte. Je ne suis pas tellement là-dedans, je préfère rencontrer les gens dans la vraie vie.

J’ai failli rebondir avec : « pourtant Kim Kardashian utilise beaucoup Twitter, elle poste plein de photos ! » Finalement je décide de m’enflammer sur un tout autre sujet :

Quand je rencontre des artistes, j’aime beaucoup échanger sur le processus de création, je trouve ça intéressant d’autant que je compose aussi… donc, comment écris-tu tes chansons ?

Je n’écris pas souvent, je ne suis pas une artiste très prolifique. C’est un processus qui prend du temps chez moi. J’ai besoin de digérer plein de choses en moi « before I spit it out » (avant de les faire ressortir). Il faut parvenir à comprendre ses propres sentiments avant de les exprimer. En général, quand je travaille sur une chanson, elle m’accompagne en permanence. Puis enfin je passe à l’écriture en me mettant aux instruments. Il m’arrive aussi de trouver une mélodie ou une phrase et de partir de là, tout en suivant le même processus.

Ça me rassure je fais pareil…

Ensuite on discute du thème des « muses », Lykke Li s’éparpille un peu… nous en venons à parler cinéma, elle me cite ses réalisateurs fétiches : Antonioni, Bergman, Lynch et Godard. Pas mal. Revenant sur le thème des « muses », elle me parle de Serge Gainsbourg et de ses femmes (Pourquoi les étrangers ramènent tout à Serge Gainsbourg ?).

On me fait signe que c’est la dernière question, très pro j’acquiesce discrètement tout en pensant « putain déjà ? ». Je fouille mes notes pour trouver la dernière question qui tue, je rame même, alors faisons simple :

On vient de me faire signe que l’interview se termine, tu veux rajouter quelque chose ?

… (silence)

Allez, un p’tit truc sympa pour la route, un truc auquel je ne m’attends pas, s’il te plait Lykke Li :

Rien ? Un truc que tu aurais oublié de dire ?

… (re-silence)

Allez vas-y : Le Tibet ! Le Tibet ! Le Tibet !

Un dernier mot ?

« It’s all a process », toute la vie est un processus. Rien n’est constant, tout évolue.

Héhé pas mal, allez-y maintenant, méditez !

C’est ainsi que s’achève mon interview de Lykke Li. Je termine ma bière cul sec… elle me dit : « prends ton temps ! », sauf qu’un autre journaliste attend et j’ai déjà gratté 5 bonnes minutes. En tout cas la chanteuse suédoise est très sympathique malgré un abord un peu froid. Elle se montre très ouverte d’esprit et loquace dès qu’on aborde les thèmes liés à la création et à la composition, c’est rare et très agréable.

En quittant les lieux, du monde s’affère pour trouver un endroit pour faire une session photo avec Lykke Li. J’imagine qu’après ça elle devra faire les balances à La Cigale. Je me demande si elle aura la chance de voir sa chambre avant son concert.

L’intégralité de l’interview, car il y avait d’autres questions, sera publiée (sans mes commentaires débiles) dans un magazine vers le mois de Septembre, je vous communiquerai tout ça en temps et en heure. Et pour ce qui est du concert ? Malheureusement je n’y étais pas… à vous de me le raconter maintenant !

NB : Warner Music, si vous me lisez et que la bière n’était pas offerte, contactez moi pour la facture.

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8 réflexions sur “Mon interview de Lykke Li

    • merci ! en fait je ne pouvais pas me permettre de publier la retranscription exacte (puisque c’est pour un mag). du coup je voulais quand même en faire un article… il se passe plein de choses dans la tête en interview et parfois il peut y avoir des situations cocasses. tu galères dans tes notes, ta compréhension, tu te retrouves bloqué etc… je me suis dit que ça changerait des itv classiques. j’espère pouvoir renouveler le concept !
      après faut pas dénaturer les propos de l’artiste et parvenir à le ou la mettre en avant malgré tout (pour ça je ne sais pas si j’ai bien réussi mon coup).

      • Ben tu sais franchement, j’attends de voir l’interview du mag mais je pense que je préfère ce format plus personnel, on a un peu l’impression d’être à ta place ;)

        Bon et tu lui as demandé pour moi si j’avais une chance ;) ?

  1. Très sympa ta façon de raconter les choses telles que tu les as ressenties! Surtout quand tu tentes de l’emmener quelque part sans qu’elle te suive :p

    bon j’ai la honte mais j’ai découvert Lykke li dans twilight, avant d’écouter le reste…. D’ailleurs y’a pas mal de très bonnes choses sur les bo de twilight, c’est con.

    • merci !
      pour twilight je pense qu’elle en a marre mais elle doit bien être consciente que ça a permis à beaucoup de gens de découvrir sa musique.

  2. @ Jérémy : l’interview pour le mag est bien (plus structurée et plus approfondie). puis le but n’est pas de mettre l’interviewer en valeur… là je me suis permis parce que c’est mon blog perso. mais je reste persuadé que le concept est intéressant (même s’il ne doit pas être nouveau).

    j’aimerais bien tenter de nouveau l’expérience. ami CM si tu me lis…

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