Hooligans & Gentlemen

Par défaut

« Le football est un sport de gentlemen joué par des hooligans, le rugby un sport de hooligans joué par des gentlemen. »

La coupe du monde de rugby qui se joue actuellement en Nouvelle-Zélande est l’occasion de voir les querelles sur l’opposition football contre rugby ressurgir. Les caricatures ne manquent pas, les fans de rugby profitent de la mise en lumière de leur sport pour rappeler que le football est un sport de cons friqués pour les beaufs et que le rugby est un sport de gentlemen qui véhicule de nobles valeurs.

Les valeurs ? Parlons-en. Pour n’avoir jamais joué au rugby mais avoir joué en club de foot tout gamin puis au handball (je sais, on ne croirait pas quand on me voit aujourd’hui), j’ai rencontré des éducateurs qui m’ont inculqué des valeurs que je considère nobles : la solidarité, l’honnêteté, la générosité, les valeurs de partage, l’altruisme, la priorité donnée au collectif avant l’individu. Les joueurs travaillent les uns pour les autres, chacun doit donner le maximum pour l’équipe, les attaquants sont les premiers défenseurs et chacun doit respecter les tactiques. Et bien entendu, il faut respecter les décisions de l’arbitre et respecter ses adversaires. C’est comme ça qu’on éduque les jeunes au football… et finalement dans tous les sports collectifs. Le rugby ne fait pas figure d’exception.

L’évolution du sport professionnel, et aussi de la société, fait que ces valeurs semblent loin du terrain aujourd’hui. Il est vrai que le fairplay peut paraître moins présent dans le football que dans le rugby. La sur-médiatisation du ballon rond, les enjeux économiques sont sans doute responsables de ces changements… mais sommes-nous certains que le rugby ne prend pas la même direction ?

Revenons d’abord sur les spécificités de chaque sport. Un célèbre entraineur de foot allemand déclarait à propos de la rigueur tactique légendaire outre-rhin que le rugby était un sport impossible à comprendre pour les allemands dès lors qu’on ne peut même pas savoir dans quelle direction le ballon va rebondir. Pas faux… De la même manière, on sait que le soccer a du mal à s’imposer aux Etats-Unis car le public ne comprend pas, culturellement, qu’une opposition puisse se terminer par un match nul (pire encore par un 0-0). Néanmoins le football reste sans doute l’unique sport au monde qui permette à une équipe de division 3 de battre une équipe de l’élite sur un match. C’est la beauté de ce sport et quoi qu’on en dise, ni le rugby, le basket, le volley, le football américain ne permettent ce destin.


Je vais commencer par régler les comptes avec les couillons qui parlent du football comme un sport de pédé, tapette, danseuse… et je ne sais quel sobriquet encore. Autant le faire dès le début, avant de rentrer dans le fond du sujet. Malheureusement, on trouve des cons dans les deux camps, chez les footeux et les rugbymen. Un entraineur de rugby par ci, ou Louis Nicollin par là sont capables de sortir des énormités comme : « On n’est pas des pédés, on va les enculer ». L’homosexualité reste un tabou dans le sport et personne n’a de leçon à donner aux autres. Et quel est l’intérêt d’un tel argument ?

Côté discipline hors du terrain, les affaires Zahia, Brandao (soupçonné de viol), la sextape de joueurs anglais en vacances (Rio Ferdinand, Frank Lamapard et Kieron Dyer) sont de mauvaises publicités pour le football. Ajoutons à cela les excès nocturnes de nombreux joueurs. L’histoire récente nous montre pourtant que le rugby est aussi sur la mauvaise pente…

Différentes affaires ont entaché le rugby : rappelons le cas de Mathieu Bastareaud en Nouvelle-Zélande, il s’était dit victime d’une agression qui n’a jamais eu lieu. Ce fait divers avait même obligé les autorités françaises à présenter leurs excuses au nom de la France au Premier Ministre néo-zélandais. Cet été, ce même Bastareaud a encore fait parler de lui en voulant rompre son contrat de travail avec le Stade Français pour rejoindre le club de Toulon…. et il a réussi. Si l’on peut stigmatiser ce joueur, il serait de mauvaise foi de n’en faire qu’un cas individuel. Des clubs, des agents et des avocats sont impliqués, preuve qu’il s’agit bien d’un système qui est en train de changer.

L’équipe de France a été ébranlée par la suspension de Yohann Huget à quelques jours du début de la coupe du monde. Le jeune joueur de l’Aviron Bayonnais a été suspendu pour n’avoir pas respecté le protocole des contrôles anti-dopage. On ne connaitra jamais les dessous de l’affaire : s’agit-il d’un réel cas de dopage ? Je n’y crois pas vraiment… il s’agirait plutôt d’une négligence qui prive le joueur de la plus grande compétition internationale.

Le weekend dernier, Rémy Martin a été victime d’une altercation avec Olivier Missoup joueur du Racing Club de Toulon pour des injures racistes qu’il n’aurait jamais tenues. C’est lors de la troisième mi-temps que le joueur varois a agressé le joueur de Montpellier… nécessitant des soins d’urgence. Rémy Martin a décidé de porter plainte. Voilà une sombre histoire qui ne redore pas le blason du rugby.

Chez nos amis anglais, c’est l’affaire Haskell qui fait du bruit. Le joueur avec quelques collègues du XV de la rose n’a rien trouvé de plus intelligent que d’harceler sexuellement l’employée d’un hôtel. Mon but n’est pas de faire une liste des griefs ou de les hiérarchiser mais simplement de ramener les partisans de chaque sport à la raison : la morale n’est sauve ni dans un camp ni dans l’autre.

Et lorsque le thème du harcèlement sexuel est abordé sur l’antenne de RMC par l’ancien international de rugby Vincent Moscato, avec la participation de l’ancien footballeur Eric Di Meco et Sébastien Chabal, on touche le fond comme en témoigne cet article publié par l’Acrimed « Apologie du harcèlement sexuel sur RMC ». Pour eux, il faut sortir les couilles au sens propre quand la femme de chambre vient faire le ménage pour pouvoir les sortir au sens figuré une fois sur le terrain. Ce raisonnement est d’une logique implacable, un grand moment de philosophie comme cette radio en offre à longueur d’année. Il ne manquait qu’un « on n’est pas des pédés ! » pour conclure ce triste épisode radiophonique.

Parlons business un peu : je vous épargne un petit laïus sur le Stade Français de Max Guazzini qui fait du sport un spectacle, un divertissement, dont on ne trouve pas d’équivalent dans le football français. Certes il y avait eu un précédent avec le club parisien du Racing et son rugby « champagne »… à une différence près, les joueurs ne se prenaient pas au sérieux et il n’y avait pas de stratégie marketing derrière les nœuds papillons ou les chapeaux de canotiers.

Je me souviens de la coupe du monde de football de 2002 où l’équipe de France, championne en titre, avait connu un véritable fiasco se faisant éliminer dès les poules. A l’époque, les pauses publicitaires étaient gavées de footballeurs… rasoirs, voitures, banques, assurances, téléphonie, les bleus semblaient passer plus de temps à faire la publicité que sur le terrain. Journalistes et opinion publique n’avaient pas manqué de critiquer les joueurs.

Aujourd’hui, à chaque match de l’équipe de France de rugby, je vois pratiquement les mêmes publicités qu’en 2002… mais avec nos amis rugbymen. Pour le moment, j’entends peu de critiques. Certes nous avons pris l’habitude avec Sébastien Chabal de voir ces grands gaillards nous vendre tout et n’importe quoi mais pourquoi échapperaient-ils à la critique ? Cela m’étonne.

Puisque je suis en train de faire le parallèle entre le football et le rugby, continuons sur cette voie. Marc Lièvremont lui-même fait la comparaison du comportement de son équipe avec celle des pitoyables footballeurs qui ont refusé de s’entrainer en Afrique du Sud à quelques jours d’un match décisif. Cette analogie entre les deux sports n’est donc pas que le fait de quelques journalistes en quête de sensationnalisme. Il y a probablement une réalité derrière tout ça. Je suis le premier à le penser et je crois qu’il est bon de dire pourquoi.

Si je fais cette comparaison c’est plutôt pour tirer le signal d’alarme que pour me gausser d’un sport ou de l’autre. Il y a des maux communs entre le rugby et le football français. Est-ce le fruit du hasard, ou le révélateur d’une politique française du sport défaillante, de fédérations complètement à côté de la plaque ? Si je n’ai pas les réponses, j’ai beaucoup d’interrogations.

Pourquoi l’équipe de France de rugby n’a pas de fond de jeu, une tactique clairement définie ? Pourquoi nos joueurs ont l’air perdus sur le terrain ? Pourquoi nous donnent-ils cette impression de ne pas se surpasser – voire même d’être incapables de le faire ? Pourquoi avons-nous l’impression que notre équipe est impuissante ? Et surtout, comment le plaisir de jouer peut-il nous paraître si lointain, sembler même relever du fantasme ? Ces mêmes questions, nous sommes nombreux à nous les être posées lorsque Raymond Domenech était à la tête de l’équipe de France de football. Au final, le sélectionneur, certes responsable de nombreux travers, est devenu la tête de turc de notre pays tout comme Marc Lièvremont est en passe de le devenir.

L’après Domenech n’a fait que mettre en lumière le mal qui touche le football français : l’absence d’une éducation tactique commune à toutes les sélections nationales, la formation – des joueurs et des entraineurs, la préparation mentale aux grands événements, le refus permanent d’afficher clairement ses ambitions (et aussi de ne jamais reconnaître ses échecs), les faibles résultats de nos clubs dans les compétitions européennes, le manque d’investissements financiers, la mauvaise qualité des infrastructures, une mauvaise coopération du monde amateur avec le monde professionnel, un problème de gouvernance et de grosses erreurs de communication… bref, tout cela nécessitait une réforme profonde et sur le long terme, des décisions politiques (qui pouvaient remettre en cause ceux-là même qui allaient les prendre, c’est dire si on avait une chance de les voir aboutir) devaient être prises dans l’urgence de l’après Knysna, sous la menace ô combien dissuasive de Roselyne Bachelot et Rama Yade d’organiser un « Grenelle du Football » (sic)… qui aurait sans doute accouché du même résultat : il est urgent de ne rien faire.

Mon constat pour le football peut paraître alarmant et quelque peu cynique. J’aimerais que le rugby ne subisse pas les mêmes remous dans 4 ou 8 ans. J’ai pourtant l’impression qu’il en prend doucement le chemin. Mais ce constat ne vaut-il pas pour de nombreux domaines de la société française, ne retrouvons-nous pas les mêmes défauts dans la classe politique, l’organisation de notre pays ? C’est un autre débat… qu’il faudrait peut être ouvrir au même titre que celui-ci. En tous cas, je finis par penser que toutes ces similitudes ne sont pas le fruit du hasard.

A la recherche du temps perdu : sans doute voulons nous trop croire à cette fausse idée de l’exception française. Les sports collectifs français auraient mal vécu le passage du statut de Poulidor, l’éternel second, à la France qui gagne dans les années 1990 (Olympique de Marseille, France 1998 et les premiers titres au Handball) au même moment où l’économie mondiale basculait dans le capitalisme et la globalisation et où un certain Bosman saisissait la cour européenne pour un litige avec son modeste club belge. Il y a sans doute un virage que le sport de haut niveau en France a manqué…

Avant ce virage raté, le rugby français c’était le « French Flair » que le monde entier nous enviait. Nos joueurs avaient cette capacité de rendre les matchs complètement fous, de marquer des essais improbables de 80 mètres. J’ai envie de faire le parallèle entre cette époque et celle du « carré magique » de l’équipe de France de football dans les années 80. Ce carré c’était les 4 joueurs qui composaient le milieu de terrain : Alain Giresse, Jean Tigana, Luis Fernandez et Michel Platini… des joueurs fluets et techniques, loin des morphotypes que l’on peut voir aujourd’hui sur les terrains, sauf peut-être à Barcelone. Aujourd’hui, que ce soit en Ligue 1 ou dans le Top 14, de nombreux postes clés sont désormais occupés par des joueurs étrangers, laissant les espoirs sur le banc de touche. Aujourd’hui, les sélections nationales manquent cruellement de leader et de joueurs charismatiques.

Quoiqu’il arrive, j’aime ces deux sports et je les crois capables de cohabiter, voire même de s’inspirer positivement, l’un et l’autre. Deux joueurs titulaires de l’équipe de Football championne du Monde en 1998 sont originaires du Pays Basque, terre de rugby, de surf, de pelote basque et de corrida, à savoir Didier Deschamps et Bixente Lizarazu. Ajoutons à ces deux là, Fabien Barthez, rugbyman de cœur. Je crois que la culture dominante doit être celle du sport en général et pas celle d’un sport au détriment d’un autre. J’aime le sport pour la performance, surtout lorsqu’elle est collective et qu’elle me fait vibrer. La France du football essaie peu à peu de relever la tête. Nos rugbymen ont encore une chance de se rattraper ce weekend face aux anglais et j’espère qu’ils me prouveront que j’ai tort de douter d’eux et que la situation est moins grave que je ne le pense.

PS : en ce qui concerne les hooligans et les gentlemen, vous aurez compris qu’il y en a donc dans les deux camps.

7 réflexions sur “Hooligans & Gentlemen

  1. Poupimali

    Je crois que les deux sports ne se comparent pas.
    Effectivement il y a un fort risque de starification mais cela ne porte relativement pas ses fruits, je pense a Michalak qui l’a chèrement payé en France et qui redevenu anonyme en Afrique du sud fait de biens meilleures prestations.
    Chabal a su exploiter son image. Mais en tant que joueur, il n’a jamais été un joueur brillant comme Dussautoir ou Harinorquy au même poste hormis sur quelques actions en équipe de France contre la NZ restée spectaculaire grace aux medias. Car des tampons sévères on en voit régulièrement.
    Gérer un équipe de France quelqu’elle soit c’est gérer des égos. Aujourd’hui grandissants car la pub, l’argent, gâche au final l’esprit du sport.
    C’est un fait. C’est navrant pour les supporters.
    L’équipe de France de rugby aujourd’hui a perdu son âme. Pourquoi ? Je ne sais pas surement une combinaison de chose. Mais nous en sommes encore loin très loin d’un caprice d’illettrés pourris gâtés faisant grève de l’entrainement pour protester contre le renvoi de l’un des leurs pour insultes à l’entraineur. Et ces gamins la ont été punis par leur fede. Comme les exemples que tu cites, ce ne sont pas la majorité ce sont des exemples alarmants d’un virage à ne surtout pas prendre.
    En ce qui concerne ML, je reste persuadée que la communication autour de l’authenticité ne peut pas marcher dans le milieu médiatique. Et c’est ça qui a entraine la confusion : c’est la question de la surinterprétation des medias.
    Comme tu l’auras compris, je crois que les medias sont en parti responsable de tout ça et ça manque dans ton questionnement,
    L’argent oui. Les égos oui. Les erreurs stratégiques tactiques de coaching oui. Et le traitement des informations par les medias.

    Et je passe sur les manquements de la fédération de rugby française en gueguerre avec la ligue qui n’arrangent rien…

    Merci pour cet article qui donne a réfléchir.

    • les journalistes ne sont pas tous pourris… et si tu prends l’exemple de TF1, ils sont super complaisants avec les fédés. La presse écrite est beaucoup plus critique… mais elles manques de titres, de concurrence. Si je te rejoins sur le fait que les journalistes peuvent foutre le bordel, ils ne peuvent pas être responsables des problèmes structurels. C’est vrai qu’ils n’arrangent rien et ne facilitent pas la tâche de ML.
      Espérons que le rugby puisse éviter le même destin que le football.

  2. cioldez

    Très bon billet mais tu aurais pu aborder le fait que le Rugby n’a finalement que la Coupe du Monde pour tenter de grappiller au foot, son image, son exposition, son public et son argent….
    Les valeurs de l’ovalie ou une certaine idée du terroir teinté de jacobisme.
    Un sport de CSP + qui essaye d’embarquer les classes populaires qui rêve /espère aussi evoluer dans cette classe privilégiée.

    Je ne pense pasque le Rugby aie besoin de se comparer au foot pour évoluer. Bien au contraire, cette campagne 2011 va lui faire un grand tort à l’avenir….

  3. Guigoune

    L’article est bien, a le mérite de poser les questions, mais est un peu rempli de lieux communs, d’amalgames et de raccourcis.

    Le Rugby est un sport comme un autre, hormis que lal’importance de l’équipe y est certainement beaucoup plus prépondérante, et que la notion de combat/souffrance/peur prend beaucoup de place.

    Dès lors, il y a une nécessité de cohésion et d’engagement qui sont très positives. Après, les rugbymen sont des gens comme les autres, y’en a des grossiers, des cons, des vénaux, des égocentriques, des violents, et d’autres parfaitement fréquentables, même s’ils deviennent grossiers et stupides et violents en 3ème mi-temps. Doit-on pour autant les vouer aux gémonies à la moindre incartade? Personne n’est parfait ni exemplaire, et les rugbymen gardent pour le moment un lien avec la vie réelle, dans la mesure où ils ne sont pas « passés dans l’usine de formation » aussi tôt que leurs congénaires footballeurs.

    Et le French flair n’existe pas. C’est juste une probabilité assez faible qu’une équipe arrive à sortir 5 minutes glorieuses après 75 minutes pourries.

    • Je suis entièrement d’accord avec toi et je pense que je l’ai exprimé dans mon article. Je voulais balayer un peu tous les aspects donc je ne me suis pas attardé sur les spécificités du rugby… oui c’est un sport plus solidaire : c’est vrai que dans une équipe il y a les petits, les grands, les gros et que chacun a un rôle très particulier. Le fait de pouvoir jouer liés les uns aux autres renforce aussi la proximité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s