Les Failshion Awards 2011

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Voici la deuxième édition des Failshion Awards. Cette année c’est la marque Christian Dior, et plus largement le groupe LVMH, qui est à l’honneur pour les pires récompenses de l’année. Les Failshion Awards qu’est-ce que c’est ? Allez faire un tour ici, tout est expliqué. Crise oblige, le ton se veut un peu plus sérieux que lors de l’édition précédente. L’académie est fière de vous révéler son palmarès :

Award du « ce soir là t’aurais dû fermer ta gueule »

Condamné pour des propos antisémites prononcés à l’encontre d’un couple au café La Perle à Paris, John Galliano a entaché son image et perdu son job. Et oui, cette fois le Directeur Général de Dior, Sidney Toledano a pris le devant et préféré éviter une nouvelle mise en cause du groupe LVMH après la mauvaise gestion de l’affaire Guerlain en 2010. Il se dit aussi que Dior souhaitait se séparer de John Galliano depuis quelques temps, cette affaire fut donc une aubaine !

Les internautes s’en donnent à cœur joie et taille un costume au couturier anglais : vêtements taille SS, sa dernière collection fait furher, il va rater la Facho Week, il est attendu en guest à Pau, son plat préféré c’est l’axoa, etc… Lâché par ses égéries, au premier rang desquelles on retrouve Natalie Portman, John Galliano a tout perdu et le chemin de la rédemption semble long, très long.

La publicité qui ne donne pas envie d’adorer Dior

Le dernier spot publicitaire Dior J’adore offre l’exclusivité de sa première diffusion à TF1 avec The Gossip en bande-sonore. Je vais ouvrir un dictionnaire pour relire la définition de luxe, je ne suis pas sûr d’avoir la même que Dior. Qu’importe les codes populaires pour les parvenus, c’est justement le moyen de les toucher, surtout quand on ajoute quelques icônes à l’image.

Quoiqu’il en soit, The Gossip avec le décor du Château de Versailles n’est qu’une faute de goût de plus, du fake rock’n roll. On peut difficilement trouver plus ridicule. C’est un peu comme si Iggy Pop posait pour une publicité Galeries Lafayette… oh merde, Il l’a fait !

Le meilleur feuilleton à la Dallas, celui qui n’en finit jamais même si on se doute que le plus fort l’emportera

Bernard Arnault ne veut pas lâcher le morceau avec Hermès… et se déclare, en février 2011 « actionnaire pacifique mais actif ». Pour contrer le groupe LVMH qui possède 21% de la marque, la famille Hermès a dû créer H51, une holding qui détient 51% des parts, c’est dire s’ils se sentent en sécurité.

Presque dans le même temps, la multinationale dirigée par Bernard Arnault a ouvert une nouvelle boutique juste à côté de celle d’Hermès rue Saint-Honoré : Moynat, un malletier de luxe, donc un concurrent direct. Belle vision du pacifisme.

L’adjectif de l’année 2011

Ronde. Je ne sais pas si l’émission Belle toute nue (qui contient 2 mensonges dans son seul titre) est à l’origine de cet engouement. Ronde est devenu l’adjectif fourre-tout : celui où l’on range autant Kim Kardashian, Kate Winslet, Christina Hendriks, Monica Bellucci ou Beth Ditto. Pire encore, on trouve même des magazines qui nous expliquent que Scarlett Johansson ou Liv Tyler sont rondes ! A croire que la maigreur est devenue la normalité… H&M a trouvé la solution : créer des mannequin par ordinateur, s’il y a tromperie, c’est peut être moins pire que des filles de 14 ans anorexiques…

Award du sponsoring douteux

Le 4 novembre 2011, Cannes accueillait le G20 présidé par la France. Symbole du commerce international, du libre échange et du capitalisme, ce sommet est soutenu par différents partenaires parmi lesquels on trouve : le groupe industriel Renault, le géant de l’énergie Veolia, la banque Société Générale, mais aussi des marques de mode luxe : les parfumeurs Fragonard et Jacomo, le bijoutier Baccarat, Lancel, Dior et Hermès. C’est important de bien se faire voir par les grands de ce monde. Et pour ceux qui espèrent encore considérer la mode comme un art à part entière, admettez que ce n’est qu’une affaire de business et de gros sous.

Award de l’imposture de l’année

N’est pas styliste qui veut, enfin si… Lindsey Lohan, Lourdes Madonna, Kim Kardashian ou Kate Moss en sont la preuve. Dans la série on nous fait croire qu’elle est styliste, l’imposture cette année c’est Victoria Beckham qui a remporté un British Fashion Awards, remis par Tom Ford devant un parterre de professionnels. Elle a du mérite Victoria, elle qui avait déjà réussi à faire une carrière dans la chanson sans savoir chanter, elle fait désormais carrière dans la mode sans savoir dessiner ni même coudre un vêtement. Et puisque le milieu légitime ce genre de pratique (c’est du business pas de l’art, rappelons-le), j’ai alors envie de m’écrier : chapeau l’artiste !

Award du jeune talent qui découvre que styliste n’est pas un métier si facile quand on ne s’appelle pas Victoria Beckham

2011 aura été une année difficile pour les Directeurs Artistiques… tout a commencé avec John Galliano évincé de Dior et aussi de sa marque éponyme. S’en est suivi un flots de rumeurs sur la valse des stylistes. On s’attendait à un jeu de chaises musicales. Riccardo Tisci, Heider Ackermann et Heidi Slimane étaient annoncés à la succession du fantasque créateur anglais. Que nenni, ça fait maintenant 10 mois que la marque du groupe LVMH n’a plus de Directeur Artistique… et elle enregistre des ventes record ! Finalement ça ne doit pas servir à grand chose un DA ?

Chouchou des médias, désigné digne héritier d’Yves Saint-Laurent, Maxime Simoëns a finalement du mal à faire démarrer sa marque malgré les millions d’euros injectés par son papa. Certes encore jeune, il ne manque pourtant pas de talent. Les temps sont durs et Maxime Simoëns est aujourd’hui obligé de jouer les DA pour la marque Leonard en attendant de décoller. Et c’est vrai qu’être soutenu par Mélanie Laurent ce n’est peut être pas ce qu’il y a de mieux en ce moment… La mode, la mode, la mode, cet univers impitoyable.

La vieille mode toute pourrie mais qu’on nous recycle tous les 10 ans

2011 fut le retour (heureusement furtif) de la marinière. D’une part, Nike a créé un maillot blanc avec les fameuses rayures verticales bleues pour habiller nos footballeurs. D’autre part, les bobos et hipsters jamais à court d’idée lorsqu’il s’agit de ressortir des basiques rétro ont aussi réhabilité cette tunique. Il suffisait de se balader dans les rues de Paris ce printemps et cet été pour voir l’ampleur des dégâts. Heureusement, il y a fort à parier que cette mode ne passera pas l’hiver… même si elle reviendra sans doute dans quelques années.

Le plus démagogique de tous mais qui fait moins le malin en ce moment…

Depuis les décès de Michael Jackson et Johnny Halliday, le King of Fashion est désespéré… les marques de Christian Audigier se cassent la gueule les unes après les autres. Le créateur de Von Dutch et Ed Hardy a perdu le mojo. Les stars d’hollywood le boudent et le frenchie qui pensait revenir en fanfare sur ses terres natales va d’échec en échec : son bar lounge près des Champs-Elysées n’a tenu que quelques mois, son projet de racheter le club de football d’Arles-Avignon est tombé à l’eau, tout comme sa reprise du Club Med. Christian Audigier est devenu le loser qu’il aurait toujours dû être.

Réjouissons-nous, il n’a rien perdu de sa beaufitude puisque pour se sortir de ses ennuis, il se pose toujours cette question : « que ferait Johnny dans cette situation ? ». Johnny qu’il s’est même fait tatouer sur le bras, comme un moyen mnémotechnique, pour ne pas oublier le nom de son meilleur ami qui fait pourtant tout pour s’en débarrasser dorénavant. Allez, reprends-toi en 2012 Christian ! Tu nous manques tant…

On n’est plus à un scandale près… même avec des enfants

Si l’on sait que les mannequins sont de plus en plus jeunes, le scandale est arrivé avec les photos publiée par Vogue de la fille de Veronica Loubry, Thylane Lena-Rose Blondeau. La gamine âgée de 10 ans y apparaît dans des poses lascives, dans des mises en scène que l’on réserve normalement à des femmes. Certes, il n’y a rien de pornographique ni même d’érotique dans les images mais beaucoup de suggestions. Ce qui interroge c’est l’instrumentalisation de l’enfant : par sa mère, par ce magazine, par les annonceurs… bref par le secteur. Apparemment ça ne gêne que les observateurs.

Award du co-branding le plus foireux de l’année… voire même de la décennie

On se souvient de Lanvin pour H&M il y a un an. La campagne de communication avait été magistralement orchestrée et les silhouettes dessinées par Alber Elbaz ont rencontré un grand succès malgré des matières plus cheap que chez Tati. Mais voilà, le géant suédois de l’habillement n’en est pas resté là… aussi mal inspiré que lorsqu’il a fait appel au bling-bling de Roberto Cavalli, H&M a lancé une collection en partenariat avec Versace. Et là, c’est le drame du co-branding… Quelle pire publicité pour les deux marques ?

Celui qui est partout au point de nous provoquer une overdose

Allez, parlons d’autre chose que le groupe LVMH : cette année et sans doute comme un baroude d’honneur à quelques mois de sa retraite, le Kaiser Karl Lagerfeld est partout ! On l’avait quitté en 2010 avec le calendrier Pirelli et la publicité pour les gilets de sécurité routière. Cette année, c’est le photographe qui est revenu sur le devant de la scène, notamment avec une exposition à la Maison Européenne de la Photographie. Oui cet homme a du talent même si les clichés présentés étaient de qualité très inégale… Malheureusement, le directeur artistique de Chanel (dont les observateurs trouvent les dernières collections moins réussies) est maintenant omniprésent, au pont d’en devenir agaçant.

Il arpente les plateaux télé pour donner son avis sur tout et n’importe quoi, commente le mariage du Prince Harry et de Kate Middleton, en profitant pour tailler un costard à presque tout le monde. Cette présence médiatique ne suffit pas contenter le teuton septuagénaire qui envahit aussi les pages de publicités avec Coca-Cola Light… puis la réalisation de spots publicitaires pour les glaces Magnum et son partenariat avec Sephora, il est partout, sur tous les fronts !

Comment dit-on solidarité dans la langue de Goethe ? Au dessus des autres et même de ses pairs, épris de son sentiment de supériorité, notre cher allemand tacle John Galliano suite à l’incident que vous savez : « c’est une image horrible pour la mode parce que les gens vont penser que tous les designers et l’univers de la mode ressemblent à cela ». Rien à voir mais toujours dans la mesure et la modestie, Karl ne sort jamais sans ses 4 iPhones (qui correspondent à 4 typologies de personnes susceptibles de l’appeler) et possède 20 iPads. Pendant son temps libre, Karl Lagerfeld s’improvise impresario pour tirer les ficelles en coulisse de la carrière musicale de son protégé, voire plus si affinités, Baptiste Giabiconi.

Karl qui a un avis sur tout, a aussi un avis sur la politique et notamment sur Eva Joly, candidate d’Europe-Ecologie-Les Verts pour l’élection présidentielle de 2012 : « si on est français, il y a des cours de français. On ne peut pas avoir cet accent là quand on veut se présenter comme présidente, z’est une inzulte à la langue franzaisse ». L’hôpital qui se fout de la charité ou la grande classe, à vous de choisir. Notre homme semble avoir autant de finesse en analyse politique qu’il n’a de flair pour dénicher les talents musicaux de demain.

Pour l’homme aux mitaines en cuir, l’année se termine en beauté avec une apparition lors de la conférence Le Web 2011, car oui, même sur internet, Karl Lagerfeld a son avis à donner. Ceci dit, on ne peut pas lui reprocher de ne pas maîtriser son image sur le net, lui qui a fait supprimer la plupart des photos et surtout les vidéos de l’époque où il présentait un embonpoint certain, camouflet pour celui qui n’hésite pas à déclarer publiquement ne pas aimer les grosses… pardon les « rondes ». Vous en avez assez ? Et bien ce n’est pas fini ! En février 2012, Karl Lagerfeld sera le rédacteur en chef du journal Metro… et il lance en ce moment Karl, une nouvelle marque aux prix abordables.

Award de la retouche photo qui te fait espérer que le graphiste est aujourd’hui au chômage

On appelle ça avoir un œil sur le quai et l’autre qui regarde le train partir. Joli jeu de miroir pour cette publicité Chanel où Blake Lively arrive à regarder l’objectif avec ses deux yeux. Les mutants sont parmi nous !

L’année dernière, la grande mode était de rétrécir excessivement les tailles des jeunes femmes mais ça s’est vu… Cette année la mode est d’allonger les jambes. Problème pour Dolce & Gabbana : ça se voit aussi.

Finalement, l’académie décerne cet award à Gucci : les jambes de cette femme à la jupe verte sont… comment dire ? Quelques peu désarticulées. Ajoutez à cela le reflet dans le miroir qui ne rentre pas du tout dans la perspective. 2 jolis fails sur une même image.

Photos issues du site PhotoshopDisasters

Award de la marque qui fait tout pour cacher son passé de collabo

On avait quitté 2010 avec la déclaration raciste de Guerlain. On a commencé l’année avec les insultes antisémites de John Galliano. Si ces incidents ont pu surprendre le grand public, plusieurs marques ont un passé plutôt sombre et cette année, leurs activités, bien que connues depuis longtemps, ont été mises sous le projecteur médiatique.

Tout d’abord il y a eu les révélations sur les supposées activités d’espionnage au compte des nazis de Coco Chanel. Des documents officiels de l’époque ont été publiés cette année après la sortie d’une biographie cet été aux Etats-Unis. Au final, la marque publiera un communiqué pour concéder qu’il existe une « part de mystère » sur le passé de Gabrielle Bonheur Chanel.

Du coup, quelques journalistes en ont profité pour ressortir le passé trouble de Dior. Si Christian Dior n’est pas directement visé par les attaques, c’est Françoise, sa nièce qui dérange. D’abord royaliste, elle fut une grande admiratrice d’Adolf Hitler et fonda en 1962, la section française de World Union of National Socialists, une association néonazie. Elle fera même 4 mois de prison pour avoir collé des croix gammées sur l’ambassade britannique à Paris. Elle rejoindra le RPR en 1983 avant de se marier avec un adhérent du Front National. Autant dire que son parcours fait tâche…

Dans ce contexte, un autre groupe ne pouvait échapper aux histoires de famille : L’Oréal. Suite aux déboires de Liliane avec sa fille, ses comptes bancaires planqués dans les paradis fiscaux et les soupçons de financements occultes de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, le déballage continue : c’est André Bettancourt qui est dans la ligne de mire et dont les médias n’hésitent pas à nous rappeler le passé. Il épousera la fille d’Eugène Schueller, la fameuse Liliane, fondateur de L’Oréal et financier de l’organisation d’extrême droite La Cagoule. Sentant le vent tourner pendant la deuxième guerre mondiale, il rejoindra finalement la résistance, tout comme son ami François Mitterrand. C’est grâce à ce réseau que le papa Schueller, pourtant très actif pendant la guerre, ne sera finalement pas condamné pour collaboration. Mieux encore, il sera fait chevalier de la Légion d’Honneur. De son côté, pour saluer son magnifique parcours, André Bettancourt deviendra ministre puis sénateur, sans doute parce qu’il le valait bien.

Enfin, un documentaire diffusé sur France 2 en novembre rappelait que les uniformes des SS avaient été dessinés par Hugo Boss. En réalité, 70 ans après, c’est la marque elle-même qui a souhaité crever l’abcès. L’Académie n’a pas pu départager les différents prétendants à cet award et vive les fachonistas !

Award de la marque de prêt-à-porter haut de gamme made in China

Attention j’aborde un sujet tabou. Je dis tabou car il n’en est fait aucun cas dans les magazines de mode… dont les journalistes ont sans doute oublié d’informer leurs lecteurs. Au milieu de cette omerta je préfère donc me taire et ne rien dire, ne pas dénoncer ces marques estampillées « sentier » sans qu’on le sache et qui sous-traitent la fabrication de leurs collections en Chine mais les vendent au prix du Made in France. Sans parler de la politique inflationniste de ces mêmes prix dont l’augmentation annuelle régulière avoisine les 10% au point de titiller les tarifs luxe. Comptoir des Cotonniers, The Kooples, Zadig & Voltaire, Les Petites, Sandro et Maje… oh merde, j’ai lâché les noms !

Pourtant, parfois y’a écrit Made in France sur l’étiquette non ? On peut tout fabriquer en Chine et uniquement coudre les boutons en France pour avoir le label. Et oui, triste vérité… C’est le combat que tente de mener Agnès b. pour sauver le savoir-faire français. On lui souhaite bon courage au milieu des requins du marketing.

C’est tout pour cette édition 2011 et c’est déjà pas mal ! Comme je ne suis pas un spécialiste de la mode mais que je me permets de critiquer gratuitement vous pouvez vous défouler dans les commentaires. Enfin, je ne peux que vous conseiller la lecture assidue et régulière du blog The Satirialist, ça fait du bien…

5 réflexions sur “Les Failshion Awards 2011

  1. cioldez

    Le Marketing n’impose pas le Made in China je te rappelle!

    Si on pouvait avoir le meilleur prix avec du Made in France, le marketing serait content!

    Confonds pas Finance et Marketing

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