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Pour la première fois dans l’histoire de ce blog, j’ouvre cet espace à une plume extérieure… et non des moindres puisqu’il s’agit de @lactualaloupe « Féministe sex positive et queer moustache ». Elle souhaitait partager un texte sur l’homophobie. C’est une bien jolie tribune mais malheureusement triste, désarmante et révoltante.

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Il y a maintenant deux mois que j’ai rencontré M. Dans un bar assez bondé, et sur fond de Depeche Mode, ça m’a pris environ un quart de seconde pour tomber complètement « in lust ». Problème : je ne sais pas séduire, paraît-il que je ressemble à un gros beauf aviné quand je tente des approches qui me semblent efficaces mais ne sont que gauches et pénibles. Précautionneusement, je suis donc restée à distance, mon regard qui se croyait discret toujours fixé sur M, à quelques mètres de là.

Je ne saurais dire si ce sont ses immenses yeux bleus qui m’ont envoûtée ou plutôt la grâce de son cou, son sourire qui d’un coup fait éclater 100 000 watts. Finalement, avec la confiance que m’avait donnée l’alcool qui s’écoulait alors joyeusement dans mes veines, je me suis décidée, ne partant, à lui demander son numéro, comme ça, au cas où. Puis, calée dans un taxi, lovée dans mes vapeurs éthyliques, j’ai enfin osé lui parler, par SMS, comme une ado un peu intimidée, avec le cœur qui palpite en attendant son éventuelle réponse.

Et elle m’a répondu. Et on s’est revues. Et, autour d’un premier dîner, on s’est parlé, parlé, parlé, jusqu’à plus soif et jusqu’à la fin de la bouteille de vin, tu sais, comme dans ces films avec des violons, le classique « boy meets girl » que nous fourgue Hollywood depuis des décennies. Sauf que le casting est un peu différent, M est une fille, et moi aussi.

Dans le fond, ça ne change rien, enfin je crois. Je frissonne pareil quand on s’embrasse, je fonds idem quand je suis dans ses bras. Le contact de sa bouche me fait chantonner doucement, comme tout le monde, enfin je crois. Comme tout le monde, on sort dans des bars, on se présente nos potes, on échange films et musiques préférés, on discute de politique, de religion et du sens de la vie en général.

La seule différence c’est que l’autre soir, en sortant d’un bar, et alors qu’elle m’avait raccompagnée au métro, notre baiser a choqué. Toute perdue que j’étais dans cette chaste étreinte, je n’ai pas vu d’où, de qui ça provenait. « Salope, c’est dégueulasse, vous avez pas honte ? », une petite pluie d’invectives disparates mais glaçantes, comme une sale bruine qui te refroidit jusqu’à l’os…

Je ne sais pas si je me suis sentie plus fâchée ou plus triste. Les insultes sexistes, qui s’adressent à moi seule, je sais gérer, j’ai du répondant, pas de souci. Mais qu’ils puissent dire ça d’elle, avec son grand sourire, son cou si doux, ses yeux si bleus. Ça me rend malade.

Après ce qu’il s’est passé ce weekend, où deux couples de garçons ont été roués de coups, juste parce qu’ils étaient là, parce qu’ils se tenaient la main, je me dis qu’on a eu de la chance, finalement. Et aussitôt je me reprends : il n’est pas question que je m’estime heureuse de ne pas me faire casser la gueule parce que celle que j’enlace est une fille. Tout cela participe de la même atmosphère putride, où les langues se délient et permettent aux haines de se concrétiser.

Mercredi, je serai donc avec elle, mobilisée contre l’homophobie, et bien décidée à ne pas tendre l’autre joue si quelque fâcheux facho venait à pointer le bout de son intolérance. J’ai un peu peur, bien sûr, que tout ça dégénère. Mais je suis convaincue qu’il est temps de dire « NO MORE » aux Gudards, aux anti égalité, aux réacs, aux salauds, à ceux qui, dans les rues ou à l’Assemblée foulent aux pieds nos droits et déversent en souriant leur venin dégueulasse.

@lactualaloupe

Une réflexion sur “M

  1. prevost philippe

    les agressions se multiplient, appelées pudiquement « incivilités ». je suis consterné, attristé par l’agression de ce couple dans le 19ième arrondissement. je suis inquiet de ce climat d’insécurité grandissant. la peur s’installe. qu’il s’agisse d’agressions homophobes ou inter-ethniques. des gens déménagent pour éviter certains quartiers ou lignes de métro. curieuse époque, changement d’époque, et le pire est peut-être à venir. l’identité des agresseurs, quand ils seront connus, sera sans doute un révélateur de ce qui nous attend, s’agit il d’un acte isolé de délinquants barbares ou d’un mouvement de fond dont ce ne sont que les premisses ?

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