Nestlé : What Else ?

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« J’évite d’acheter des produits Nestlé ». Voilà une phrase qu’il m’arrive souvent de prononcer au milieu des linéaires de la supérette de mon quartier. Derrière cette affirmation très courte et presque anodine se cachent pourtant de longues explications. Alors que la multinationale suisse envahit nos écrans avec une nouvelle campagne publicitaire pour Nesfluid et son « hydranutrition », j’ai décidé d’expliquer comment j’en suis arrivé à ce réflexe de non-achat presque systématique.

Entreprise suisse, Nestlé est l’un des principaux acteurs de l’agroalimentaire dans le monde. Elle produit et commercialise des produits et boissons pour l’alimentation humaine et pour l’alimentation animale. Son siège social est situé sur les rives du Lac Léman à Vevey en Suisse. Son chiffre d’affaires de 2009 la porte au 48ème rang mondial des plus grandes entreprises. Nestlé comptabilise 480 usines dans 86 pays et emploie 276.000 personnes dans le monde (chiffres de 2007). En 2010, les principaux actionnaires de Nestlé sont Chase Nominees Limited (10,1%), Citibank (7%) oui les mêmes qui ont participé à la crise financière Américaine de 2008, Autocontrôle (4,9%), BlackRock (3,7%), Nortrust Nominees (3,6%). Liliane Bettencourt est également actionnaire à hauteur d’au moins 3%.

Un peu de marketing

Comme toute grande entreprise commerciale, Nestlé déploie beaucoup d’effort dans le marketing et la stratégie. Créer des besoins en fonction des attitudes et motivations des clients potentiels puis leur apporter l’offre, Nestlé sait faire. Tout cynisme est évidemment autorisé au noms du sacro-saint marketing. Ainsi, la marque qui propose des produits alimentaires, propose désormais des régimes via Nestlé Nutrition (sous les noms de Protéika et Jenny Craig). Sur le site internet bebe.nestle.fr on trouve également des conseils pour retrouver la ligne, avec quelques liens commerciaux qui vont bien. On flatte le consommateur, on lui offre une solution adéquate, et dans le même temps on lui vend ce que Jean-Pierre Coffe appellerait de la merde. Rien ne vaut un bon exemple :

Voici donc un échantillon de malbouffe que la firme commercialise sous la marque Di Giorno aux Etats-Unis… à n’en pas douter, ce genre de produits pourrait envahir nos linéaires d’ici quelques mois ou quelques années. Il s’agit d’un packaging qui regroupe une pizza aux pepperoni (le jambon ce n’est pas assez gras) et des cookies pour le dessert. Il n’y a qu’à les passer au four pour se faire un dîner plein de calories. On est bien loin des programmes de nutrition. Imaginez si Mc Donald’s vendait les bouquins Weight Watchers dans ses restaurants. En l’espèce, c’est la même entreprise qui commercialise des produits excessivement nocifs à la santé (lire la suite de l’article) et des plats dits amincissants. What else ?

Nestlé a réussi le pari fou, à grand renfort de George Clooney et de John Malkovitch, de doubler, voir sextupler, le prix moyen de notre café « maison », en témoigne ce test comparatif réalisé par le site Chacun son café. Et je n’évoque pas le prix des cafetières, seulement celui des capsules. Cette merveilleuse invention, très critiquable d’un point de vue écologique, s’appelle Nespresso. Je ne vais pas m’attarder sur le sujet, c’est de la simple stratégie marketing, ça ne mange pas de pain, chacun est libre de payer son café plus cher. Fort de cette stratégie lucrative, le groupe a lancé Special. T qui décline le même concept mais pour le thé.

Malgré les scandales (lire la suite de l’article), le lait en poudre inventé par André Nestlé à la fin du 19ème siècle est encore une formidable opportunité marketing aujourd’hui. Ainsi, sur le modèle commercial du Nespresso et de Special. T, la multinationale a lancé BabyNes en Suisse en Mai 2011. Le principe est le même sauf que la machine ne fait plus du café mais du lait pour le biberon du bébé grâce au même système de capsule. Ce produit débarque en France… et s’adresse pour le moment aux CSP+.

Comme pour Nespresso, les prix sont excessifs : plus de 200 euros pour la machine et un coût de 1,50 euros la capsule, ça fait cher le biberon. Nestlé trouvera bien de nouveaux moutons avec ce concept et gavera des générations entières de capsules dès la naissance. Notez au passage le magnifique Photoshop Disaster sur le visuel officiel : regardez bien le pied gauche du bébé.

Nestlé joue avec la santé des chats

Ce thème est certes moins grave et scandaleux que les thèmes qui vont suivre mais c’est un bel exemple des méthodes employées par Nestlé. Les croquettes pour chats sont un vrai business. À coup de promos, de bons de réduction et de prix serrés, la multinationale occupe une part importante du marché. La raison est simple : pour réduire les coûts, la marque remplace les protéines animales par des céréales qui deviennent ainsi majoritaires dans la composition des croquettes. Même si les chats en raffolent, leur métabolisme n’a pas pour habitude d’ingérer des céréales et il n’aura échappé à personne que ces animaux de compagnie sont carnivores. Nourrissez-les aux Friskies ou aux Félix et vous serez assurés qu’ils auront une alimentation insuffisante en protéines et des problèmes de digestion.

Par ailleurs, le chat est un animal réputé pour la fragilité de son système urinaire. Les croquettes bas de gamme excessivement chargées en minéraux peuvent occasionner des calculs rénaux et insuffisances rénales. Même si les produits incriminés respectent les normes en vigueur, la marque Friskies, par exemple, contient un dosage de minéraux 5 fois supérieur aux recommandations vétérinaires (lire le dossier de Bon à Savoir n°01/2010). Quelques semaines suffisent à rendre malades les chats les plus sensibles. Si le vôtre fait ses besoins un peu partout, ou a des difficultés à urinez, interrogez-vous… ça peut venir de là. Heureusement, après la guérison, Nestlé a la solution : Purina One ou Pro Plan, des croquettes premium spéciales pour les chats fragiles (ça reste à démontrer puisque les minéraux dépassent de 3 fois les recommandations) ! Pervers. Je te vends la drogue et ensuite le substitut, évidemment bien plus cher… on peut même dire bien trop cher puisque les 3 principaux acteurs de l’alimentation pour chats et chiens (Nestlé, Mars et Colgate-Palmolive) se sont partagés le marché national en bloquant l’accès à la concurrence afin de maintenir des prix anormalement élevés. Cet article de Challenge revient sur cette affaire qui a valu une amende de 35 millions d’euros aux trois groupes. De quoi réfléchir avant de se laisser séduire par la bouille du matou sur l’emballage…

Il est difficile d’accéder à des études publiques qui prouveraient scientifiquement la nuisance effective de ces produits sur la santé des chats. En revanche, internet permet de profiter du retour d’expérience des consommateurs (les propriétaires de chats en l’espèce) via les forums de sites très populaires comme Doctissimo ou Au Féminin. Les discussions consacrées à ce sujet sont nombreuses et arrivent toutes aux mêmes conclusions. Par ailleurs, il suffit de demander l’avis d’un vétérinaire consciencieux pour se faire entendre que les Friskies et Purina sont à proscrire… mais passons à un sujet bien plus grave.

Nestlé et la nutrition

Puisque j’évoque principalement la stratégie marketing de Nestlé dans cet article, parlons maintenant du terme Hydranutrition qui a été déposé par Nestlé et doit donc être considéré comme une marque. L’eau et la nutrition, en voilà deux sujets intéressants qui nous permettent de mieux étudier le cas Nestlé, ses pratiques, sa philosophie, sa politique. Commençons donc par la nutrition…

Acteur majeur de la nutrition infantile (40% du marché mondial), Nestlé a pourtant connu de nombreux écueils avec le lait en poudre, substitut du lait maternel. Qu’à cela ne tienne, malgré les accords internationaux, la multinationale continuerait d’enfreindre les règles en la matière. La preuve par l’exemple : au milieu des années 70, différentes ONG (Organisations non gouvernementales) attaquent Nestlé pour ses campagnes de communication, voire ses actions de lobbying, concernant le lait en poudre. Ce qui était reproché à Nestlé c’était de développer la consommation de ce lait en poudre au détriment de l’allaitement par les mères, notamment sur le continent africain, où l’accès à l’eau potable (ingrédient indispensable pour diluer la poudre) est précaire. Les hôpitaux et maternités auraient même reçu des stocks entiers de lait en poudre et gratuitement (appelons ça du sponsoring) de la part de Nestlé. En conséquence, les mères recevaient la recommandation du personnel hospitalier de nourrir leurs nouveaux-nés avec ce lait et Nestlé étendait son marché et gagnait des consommateurs. Petit problème, quand on fait boire de l’eau non-potable à son bébé, on le tue. C’est en partie ce qu’explique cet article de 1997 paru dans le Monde Diplomatique.

En 1979, face à ces pratiques scandaleuses, 150 organisations internationales fondent l’IBFAN (International baby food action network), le Réseau international pour l’alimentation infantile afin de dénoncer Nestlé. S’en suit une campagne de boycott des produits de la marque suisse et l’adoption par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) d’un code sur la commercialisation des aliments pour nourrissons en 1981. Ce code qui interdit toute forme de publicité incitant à la substitution du lait en poudre au lait maternel sera signé par Nestlé en 1984. Pourtant, en 1996, le rapport « Cracking the Code » édité par l’Interagency Group on Breastfeeding Monitoring recense l’ensemble des infractions à ce code de bonne conduite. En 2004, l’article « Le lait en poudre enfreint le code » faisait le point sur la situation de Nestlé. L’IBFAN publie régulièrement des études qui prouvent le non respect du code par de nombreuses multinationales, en tête desquelles on retrouve Nestlé.

Ajoutez à cela les problèmes sanitaires régulièrement rencontrés par Nestlé. Pour faire court, il y a eu l’affaire du lait présumé contaminé à la mélamine, ce qui a valu un article dans le Journal du Dimanche l’année dernière (lire aussi cet article en anglais daté de 2008), l’affaire du lait périmé (300 tonnes) en Colombie en 2002 ou contaminé par différentes bactéries en Italie en 2005 qui avait donné lieu à la saisie de 30 millions de litres de lait par la police transalpine. Evoquons également la situation du Cameroun, où du lait enrichi au lait de coco (moins cher) aurait causé la mort de plus plusieurs bébés. « Le lait Nestlé continue à tuer… » est le titre d’un article qui reprend des extraits du journal Libération de 2001, il est cette fois question de lait concentré. Tout ça fait réféchir et interroge sur les négligences sanitaires du groupe.

En ce qui concerne l’hydratation, donc l’eau, la position de Nestlé est claire : l’eau n’est pas un bien universel et accessible à tous, l’eau a une valeur marchande et doit donc être privatisée. Elle ne peut en aucun cas être un bien public. N’en déplaise aux populations africaines qui ne peuvent y accéder et y dissoudre le lait en poudre. Hydratation + Nutrition = Hydranutrition, un cocktail explosif au service d’une stratégie marketing dénuée de toute éthique.

Nestlé et le monde du travail

Plus de 40% de la production mondiale de cacao provient de la Côte d’Ivoire. Suite à une enquête menée par le Sénateur Américain Thomas Harkin, la preuve est apportée que nombre des travailleurs ivoiriens pour le compte des différentes marques de chocolat Nestlé, sont en fait des mineurs soumis au travail forcé. On appelle cela de l’esclavage : slave chocolate. La stratégie de défense de la Direction du groupe est simple : « Nestlé n’est propriétaire d’aucune plantation de cacao » et l’entreprise fait appel à des sous-traitants. Pour ajouter un peu de cynisme à la situation, Peter Brabeck alors PDG du groupe explique même que la situation serait pire sans Nestlé. Néanmoins, en 2005, l’entreprise s’engage à fournir du chocolat comportant la mention (désormais obligatoire aux Etats-Unis) « sans esclave ». Ce serait dommage de perdre le marché Américain…

Le site écologique Earth First recense Nestlé parmi les 7 entreprises les plus « irresponsables » au monde. There’s blood in your coffee (il y a du sang dans votre café) est un blog qui recense les nombreux conflits qui opposent Nestlé aux travailleurs exploités dans le monde. Si l’on approfondit un peu les recherches sur les conditions de travail, on tombe de haut : travail forcé, torture, licenciements et menaces de mort contre des syndicalistes… les violations des normes du BIT (Bureau International du Travail) sont assez fréquentes, comme l’indique cette évaluation éthique : outre les pressions anti-syndicales, on apprend qu’en 2001, un intermédiaire de Nestlé faisait travailler des prisonniers chinois 7 jours sur 7 et 12 heures par jour et pratiquait même des tortures à l’électricité sur ces derniers (Swissinfo). La même année était dénoncé le travail forcé d’enfants dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire. Cet automne, le syndicat colombien Sinaltrainal, très implanté chez Nestlé, tirait la sonnette d’alarme, affirmant que des menaces de mort de la part de groupes paramilitaires avaient été proférées auprès de syndicalistes et de leurs familles.

Des pressions sur les syndicalistes aux pressions politiques, il n’y a qu’un pas. Et il a été franchi en 2008. L’association ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions pour l’Aide aux Citoyens) révèle qu’elle a fait l’objet d’espionnage par la multinationale. Ainsi, Securitas a infiltré une agente dans la société afin de recueillir des informations sur les auteurs et les sources d’enquêtes sur les multinationales pour le compte d’un livre dénonçant notamment les OGM, la privatisation de l’eau et les conflits de travail.

L’huile de palme

Venons-en à un sujet plus récent et qui commence à devenir récurrent dans l’industrie agro-alimentaire, l’utilisation d’huile de palme. L’huile de palme est l’huile végétale la plus utilisée au monde pour une raison majeure : c’est celle qui coûte le moins cher à produire. Malheureusement, ce n’est pas la moins nocive, bien au contraire…

D’un point de vue nutritif, cette huile est la plus riche en acides gras saturés, à titre d’exemple, cette huile contient plus d’acide gras saturé que le gras du porc. En conséquence, elle est propice au développement du cholestérol et des maladies cardio-vasculaires. Pour votre information, Nestlé n’est pas la seule entreprise à utiliser de l’huile de palme. C’est également le cas de Ferrero et notamment de son produit phare : le Nutella.

L’autre impact négatif de l’utilisation de l’huile de palme c’est l’environnement et les conséquences sur la biodiversité. La production de cette huile entraine une accélération de la déforestation mondiale et aggrave l’effet de serre. Une large campagne de communication a été menée par Greenpeace en début d’année pour dénoncer les pratiques. La campagne de Greenpeace avait même poussé Nestlé à fermer sa page officielle sur Facebook. Nestlé s’est engagé à utiliser de l’huile de palme « durable » d’ici à 2015 mais tout est relatif comme l’explique cet article.

Organismes Génétiquement Modifiés

Nestlé soutient les cultures d’OGM, c’est même son cheval de bataille. En recherche permanente de réduction des coûts et de profits de plus en plus importants, la multinationale souhaiterait pouvoir imposer les produits à base d’organismes génétiquement modifiés. En Europe et en France, les lois restreignent encore ce type de produits au nom du principe de précaution. Alors que la population mondiale atteint presque 7 milliards d’individus et que l’industrie agroalimentaire produit chaque année de quoi nourrir 12 milliards de personnes… Nestlé affirme que seuls les OGM permettraient de nourrir la planète (lien). Des OGM pour sauver la crise alimentaire, on aura tout vu !

En 2009, une enquête de Greenpeace, réalisée à partir de tests dans un laboratoire indépendant, a révélé la présence d’OGM dans des pots pour bébés en Chine. Si Nestlé s’était engagé à ne plus distribuer de produits à base d’OGM en Europe, Russie et au Brésil, il n’en est pas de même pour la Chine. Ce qui est le plus dérangeant c’est que ces produits concernent la nutrition infantile. Or l’agent chimique se trouvant dans ces pots pour bébé tuent certains insectes et provoque des réactions allergiques chez les souris. Les enfants en bas âge étant considérés comme un groupe à haut risque en matière de sécurité alimentaire, on ne peut que s’offusquer du peu de précaution dont fait preuve Nestlé.

Par ailleurs, l’organisation écologique a publié une liste noire des produits susceptibles de contenir des OGM. Parmi les marques mises en cause, on trouve Danone, Lu, Cadbury, Heudebert, Gervais, Brossard, Blédina, Mars, Findus, Marks & Spencer… et bien entendu Nestlé occupe une place de choix : cliquez ici pour voir le tableau avec les marques appartenant au groupe Nestlé, la colonne rouge signifie que « Le fabricant ne certifie pas que les produits animaux ou issus d’animaux, utilisés dans la fabrication de ses produits, proviennent de bêtes nourries sans OGM. Les entreprises qui ne nous ont pas répondu sont également classées ici. »

Ce qui est choquant dans la politique de Nestlé n’est pas la seule utilisation des OGM. Si d’autres multinationales ou marques distributeurs, ont les mêmes pratiques, elles proposent en parallèle des gammes de produits spécifiques issues de l’agriculture biologique ou certifiées sans OGM, ce que ne fait pas Nestlé. Nestlé préfère imposer ses propres standards au monde et surtout aux pays pauvres. Malgré les doutes qui subsistent encore sur la nocivité des OGM et surtout malgré la volonté plutôt répandue des consommateurs d’éviter leur consommation, Nestlé insiste et appelle régulièrement l’Union Européenne à assouplir ses règles en la matière. Ainsi, Peter Brabeck, PDG de Nestlé jusqu’en 2008, déclarait : « L’UE a fait pression en Afrique pour empêcher certains pays d’utiliser des OGM (…) les OGM sont l’une des technologies les plus sûres que l’on a vu jusqu’à présent. Bien plus sûre que la nourriture bio, organique ou n’importe quelle autre à la mode en Europe. » Je ne sais pas pourquoi mais cet homme ne m’inspire pas une grande confiance… alors intéressons-nous à son cas.

Peter Brabeck

L’autrichien Peter Brabeck-Letmathe fut le PDG de Nestlé du 5 juin 1997 au 1er avril 2008. Il est aujourd’hui Président du Conseil d’Administration de Nestlé, membre des Conseils d’Administration de la banque Crédit Suisse, de Roche Holding SA (laboratoires pharmaceutiques) et vice-président du Conseil d’Administration de L’Oréal (Nestlé est le plus gros actionnaire du groupe de cosmétique avec 29% des parts). Il est aussi membre de la « Commission pour la libération de la croissance française ». Ajoutez à cela sa participation aux tables rondes des industriels européens, et vous l’aurez compris, notre homme a une grosse influence sur le monde industriel, politique et économique.

Concernant son implication dans la « Commission pour la libération de la croissance française » (qui n’a pour le moment rien libéré du tout), voici différentes réactions de Peter Brabeck. Avant le début des travaux de la Commission, le magasine LSA a publié une interview du président de Nestlé, sous le titre « La France a des atouts mais besoin de flexibilité ». On retiendra surtout cette phrase : « Non, ce n’est pas de Nestlé que je vais parler au sein de la Commission. Mais nous pouvons parler de l’industrie qui a besoin de changements constants et d’adaptations, qui sont inhérentes à ce type d’activité. En France, je crois que l’on attache plus d’importance à l’acquis qu’à la flexibilité pour assurer l’avenir. » Je vous renvoie au paragraphe sur les OGM… à l’issue de son travail pour la Comission, Barbeck en a remis une couche sur la France dans une interview pour les médias suisses : « J’ai été surpris que le président Sarkozy m’ait invité l’an dernier à participer à la commission Attali qui avait pour but de libérer la croissance car j’ai toujours été très critique vis-à-vis du système français ».

Si je m’intéresse a celui qui a dirigé Nestlé pendant 11 ans c’est aussi en partie grâce à son intervention dans le documentaire « We Feed The World ». Son discours est l’incarnation des valeurs prônées par la plupart des multinationales de l’agroalimentaire… et il fait froid dans le dos. Cette scène de l’excellent, et alarmant, We Feed The World (Le marché de la faim) clôture le film d’Erwin Wagenhofer. Il s’agit d’une simple interview du Président du groupe Nestlé. L’interview commence après 2 minutes, suite au discours de Jean Ziegler, rapporteur pour le droit à l’alimentation auprès de l’ONU. Après avoir expliqué les apports de Nestlé, première entreprise agroalimentaire du monde, à l’économie mondiale, Peter Brabeck réagit au thèmes suivant : les OGM, l’accès à l’eau et le travail.

« L’homme est maintenant capable de gérer les équilibres naturels » (3:11). Voilà comment Peter Brabeck débute son discours terriblement simpliste sur le Bio et les OGM. Le PDG de la 27ème entreprise mondiale nous déclare que le Bio n’est en rien meilleur… mais il oublie de ne nous expliquer pourquoi et ne propose aucune démonstration pour étayer ses propos. Il poursuit en affirmant que les OGM sont un apport indéniable à l’industrie agro-alimentaire. La preuve de sa non-nocivité ? Aucune maladie n’est apparue aux Etats-Unis après 15 ans de consommation d’aliments génétiquement modifiés. Il ne cite aucune étude et aucune source. Il va même plus loin en déclarant qu’en Europe « Nous nageons en pleine hypocrisie » (3:47) en nous inquiétant de ce qui pourrait nous arriver. Passons sur ces affirmations qu’aucune argumentation ne vient soutenir et écoutons-le nous parler de l’eau… car le pire est à venir.

« La question est de savoir s’il faut privatiser ou non l’alimentation en eau. » (4:19) Peter Brabeck oppose alors 2 visions : celle de la gratuité absolue pour tout être humain, prônée par les ONG, présentée selon ses dires comme une idée extrémiste (de gauche je suppose), et la valorisation financière de l’eau (5:18), qui serait ainsi le révélateur de sa valeur… En gros, et je caricature à peine, la nature doit être privatisée et ne doit appartenir qu’à des groupes aux intérêts économiques. Qui aurait alors le droit d’exploiter ces ressources naturelles ? Les entreprises les plus fortes, donc les plus riches. Merci pour cette démonstration Monsieur Nestlé.

Au sujet du travail et de l’emploi : il ne faut pas répartir le temps de travail (6:47) d’après le Président de Nestlé qui en profite pour tacler la semaine des 35 heures. Puis la phrase magique arrive ! Elle vous en rappellera une autre : « Pour créer plus d’emplois, il faut travailler plus. » (7:11) Je sais, vous pensez à la même personne que moi. On comprend mieux pourquoi Nicolas Sarkozy a sollicité la participation de Peter Brabeck à la Commission Attali. Après ces quelques diatribes libérales, le PDG de Nestlé est pris d’une soudaine crise de positivisme et d’optimisme aiguë (7:21) qui se conclut merveilleusement dans les couloirs du siège social de Nestlé avec une illustration du pire cynisme… Peter Brabeck s’extasie devant la vidéo d’une usine Japonaise (7:48) qu’il décrit comme « moderne, ultrarobotisée et qui emploie peu de personnes… » un discours en totale contradiction avec la maxime du « travailler plus ». Un camion Nescafé sort de l’usine, clap de fin.

Les marques Nestlé en France

Maintenant vous connaissez tout ou presque sur Nestlé. Si vous aussi, comme moi, vous souhaitez éviter la consommation des produits Nestlé, ce n’est pas si simple tellement il y en a, voici la liste, presque exhaustive, des marques commercialisées par la multinationale sur le marché français : Dolce Gusto, Ricoré, Nescoré, Spécial T, Tonimalt, Caro, Bonjour, Nesquik, Nescafé, Maggi, Buitoni, Mousline, Nestlé Dessert, Nestea, Lion, After Eight, Lanvin, Nuts, Menier, Galak, Quality Street, Smarties, Crunch, Nestlé Noir, Kit Kat, Sundy, Herta, La Laitière, Glaces Nestlé, Extrème, Yoco, Mövenpick, Hot Pockets, Sveltesse, Guigoz, Nidal, Natéo, Chocapic, Chokella, Cookie Crisp, Clusters, Cheerios, Golden Grahams, Fitness, Yocco, Chambourcy, Nespresso, Nestlé Waters France, Vittel, Aquarel, Contrex, Perrier, San Pellegrino, Acqua Panna, Quézac, Hépar, Valvert, Plancoët, Purina, Gourmet, Felix, Friskies, Fido, Beneful, Pro Plan, Veterinary Diets, Dog Chow, Cat Chow.

Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de ce dossier très complet sur Nestlé, avec de nombreux exemples chiffrés, publié par Attac Suisse : Nestlé, le dossier noir

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35 réflexions sur “Nestlé : What Else ?

  1. J’avais fait il y a quelques années une petite compilation des soft drinks usuels sur les cartes de bistrot en essayant d’éliminer les "marques à risques". Eh ben si tu veux éviter CocaColaCompany et Nestlé, il te reste, en gros, le Rivella (en Suisse) (et c’est dégueu), le jus de pommes et le sirop. Sauf que le sirop, il est rare qu’on ne te le facture pas avec une minérale appartenant à l’un ou l’autre des "méchants".

    Du coup… bin jus de pommes quoi.

  2. salut! chouette article! j’ai écrit un mémoire de master sur la place de l’esprit critique dans la formation des diététiciens par rapport l’influence de l’industrie agroalimentaire, et je parle de nestlé en évoquant un certain nombre de points développés dans l’article, en me basant surtout sur marion nestle et jean ziegler notamment, pour ceux que ça intéresse vous pouvez trouver le mémoire sur le site de l’ADNC, notre asso dont vous serez aussi sensible certainement à notre démarche critique j’imagine… allez, la lutte continue! :)

  3. Sarah

    Hey, super article !! Il m’arrive aussi de dire "j’évite d’acheter des produits Nestlé". Votre article résume tous les griefs que j’ai à leur encontre. Et c’est aussi une source de références !
    Merci

  4. BIRO Akos

    C’est bien d’etre exhaustif, mais un concentré
    serait plus digeste.
    Je lirai l’article quand j’aurais beaucoup de temps.
    Merci tout de même.

    • ça aurait dû être plus court… mais au fil de mes recherches j’en découvrais de plus en plus. du scandale du lait je suis tombé sur les conditions de travail etc… à chaque fois que je pensais en avoir terminé je découvrais une autre chose qui me paraissait trop importante pour être mise de côté.
      je suis conscient que c’est très long à lire (tout comme ce fut très long à écrire). alors j’espère que tu trouveras le temps de faire.

  5. Dan

    Vous savez, il y a un homme très sage qui est apparu au moyen-orient il plus de 2000 ans qui a dit:"ce n’est pas tant ce qui rentre dans votre bouche qui vous salit que ce qui en sort." juste pour relativiser et désamorcer la peur & la paranoia qui pourrait s’averer plus nocive pour la santé que tous ces produits depuis longtemps fort décriés.

  6. Fisso

    Je trouve la diatribe un peu exagérée !
    1/ Autant je ne cautionne pas les pratiques de Nestlé sur le lait maternel, autant je trouve qu’il y a des amalgames douteux. Nestlé n’est pas responsable de la disparition des grands singes en Afrique comme le laisse penser le film KitKat.
    2/ D’autre part, à titre individuel, je suis contre les OGM, et ravie que l’union européenne tienne cette position. Mais si la Chine ou les USA considerent les OGM sans danger et les autorisent dans l’alimentation pour enfants, pourquoi Nestlé devrait-il être cloué au pilori pour produire des aliments OGM ? Je peux vous assurer que dans ces pays, ils ouvrent des yeux ronds quand on leur dit que les OGM sont interdits en Europe…
    3/ In fine, cet article mélange des éléments inacceptables (lait maternel, droit du travail non appliqué, esclavage des enfants), avec une attaque personnelle sur le patron de Nestlé que je trouve déplacée. Je n’ai pas voté Sarkozy, mais + de 50% des Francais l’ont fait ! Si le PDG de Nestlé partage la vision du travail de Sarkozy, ce n’est pas parce qu’on ne partage pas son avis que cette idée est "honteuse" !

    • si j’ai écrit cet article c’est justement parce que tout est lié !
      pour kitkat c’est une campagne greenpeace… et malheureusement les singes ne sont pas les seuls animaux concernés.
      pour les OGM je reproche le manque de transparence et surtout le nom respect des populations européennes qui sont majoritairement contre ces pratiques (parait que le client est roi)
      si je fais le lien avec le président de nestlé c’est parce qu’il est très puissant et influent, notamment dans le milieu politique : hors ce sont les politiques qui décident de sanctionner les entreprises, d’interdire les OGM. et quand il défend la privatisation de l’eau je ne peux l’accepter quand on connait la situation de l’afrique. pour le travail c’était surtout un clin d’oeil… il est quand même fantastique d’entendre un mec faire l’apologie du "travailler plus" et se féliciter de son usine pleine de robots. il y a un cynisme que je n’aime pas… donc je l’ai écrit.
      je n’ai fait que donner mon avis et chacun a le droit de ne pas penser la même chose.

    • emi

      1) le problème de Nestlé est précisément en la multiplication des zones de nocivité, lié à son activité. Au même titre que d’autres entreprise, oui, ce qui ne le dédouane pas pour autant.
      2) Lociol l’a déjà dit : manque de transparence pour le consommateur.
      3) si Nestlé (et personne morale/publique associée) dans le même temps : fait travailler des enfants, ne surveille pas la qualité de son lait, délocalise, fabrique directement ou non des situations d’esclavage, en est conscient, et s’en fout, alors il n’y a pas d’amalgame, juste une sacrée convergence de nocivité…

  7. Alain Deprince

    C’est la mafia alimentaire, peut importe la vie de l’humain, de la nature, pour eux ce qui compte c’est de gagner des marchés et étendre leur pouvoir, cela à commencer industriellement dans les années 50, mais on connait tous la phrase célèbre de César : "au peuple il lui faut du pain et des jeux", encore qu’à son époque le pain était naturel! mais qui sont ces gens qui alimentent l’humanité en produits inutiles? Au fond si on regarde bien, ce sont toujours les mêmes tyrans ! Rapellons nous que Jésus à nourrit le peuple avec 5 pains et 7 poissons !

  8. Créer des besoins et faire croire que les produits vendus sont indispensables pour une bonne alimentation en facilitant leur préparation.
    Il faut boycotter ces marques qui proposent des poisons à long terme. Ne mangeons pas ces aliments qui lénifient la population asservie et dépendante la rendant inoffensive et grosse !

  9. Maria

    Ricoré utilisé depuis très longtemps principalement le matin. Contrainte d’arrêter en raison de malaises digestifs douloureux aussitôt la consommation de ce produit. Allergies ou nouvel adjuvant, mélamine ou autre ? Suis-je devenue trop sensible ou ces produits contiennent-ils une part de j’n’sais quoi de nocif pour certaines personnes.
    J’ai choisi de remplacer mes p’tits déj, en me procurant un "bio malt" chez un distributeur bio, et surprise, je ne m’en sens que mieux, ce qui me fait dire que mon organisme refusait ce produit. Mais pourquoi ? j’aimerais le savoir, car chez moi, les enfants grands et petits continuent à en consommer. Vos témoignages m’intéresseraient, merci.

  10. Misstahia

    Comme il est bon parfois d’être intolérante au gluten et au lactose… Du coup, de Nestlé, dans mon corps, rien ne rentre.. et rien ne sort ! Pas même leurs eaux qui sont, elles aussi, nocives pour la santé car trop minéralisées. Bref Nestlé, Danone, L’Oréal et consorts, même combat !

  11. eofraedoras

    Enorme travail d’investigation et d’information. D’utilité publique, et en plus très bien écrit. La seule chose indigeste là-dedans n’est pas la quantité d’arguments, mais plutôt de savoir que pratiquement tous les jours on avale des saloperies inventées par des empoisonneurs, esclavagistes de surcroît!
    Mes chats te disent merci !

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